Dissertation : La flexibilité du travail peut-elle permettre de lutter efficacement contre le Chômage ?

Document 1 Le marché du travail [...] est devenu d’une flexibilité très forte, en particulier grâce au recours massif à l’intérim. En France, en 2000, année record du point de vue des créations nettes d’emplois, (+580 000 !), un cinquième de cette progression, soit 120 000 emplois, provient de la hausse de l’intérim, utilisé massivement dans l’industrie. Or, en 2001, ce sont près de 100 000 postes d’intérimaires qui ont disparu. C’est principalement ainsi que s’est ajusté l’emploi. Certes les plans sociaux (Moulinex, Danone, Air Liberté...) ont joué un rôle, mais mineur : pour l’ensemble des demandeurs d’emploi, la proportion de ceux qui étaient victimes d’un licenciement n’a pas augmenté d’une année sur l’autre, tandis que progressait la part de ceux qui terminaient une mission ou un contrat à durée déterminée. Ces postes de travail, vite créés, vite supprimés, ont le mérite, aux yeux des entreprises, d’assurer quasiment sans délai l’ajustement des effectifs aux fluctuations du marché. [...] Mais outre le coût social élevé, l’accroissement de la précarité notamment la généralisation de cette forme de flexibilité a pour effet de rendre l’économie française beaucoup plus cyclique. Réduire, voire supprimer le nombre d’intérimaires revient à diminuer les coûts de l’entreprise, mais aussi les revenus des salariés concernés et à augmenter immédiatement le nombre de demandeurs d’emploi.
Source : Denis Clerc, « reprise attendue dans la zone euro », Alternatives économiques, Hors-série n° 52, 2ième trimestre 2002.

Document 2 : Délai moyen d’ajustement et rigidité des salaires dans les années 1990.

Source : Gérard TASSO, « Flexibilité du travail et performance d’emploi », Ecoflash, n° 154, janvier 2001.
Note : Le taux de sensibilité des salaires au taux de chômage est le pourcentage de variation des salaires réels lorsque le taux de chômage augmente d’un point. Le délai d’ajustement de l’emploi aux évolutions de la production est mesuré en trimestres. Ainsi, quand le taux de chômage augmente de 1 point au Royaume-uni, les salaires réels ne varient pas à la baisse et l’emploi met 6 trimestres à s’ajuster aux variations de la production.

Document 3
De façon générale, on oppose la flexibilité externe à la flexibilité interne. La première se fonde sur la nécessité d’éliminer les entraves au libre fonctionnement du marché du travail (salaire minimum, législation du travail trop contraignante...), gage du plein emploi. L’exemple anglo-saxon du marché du travail est ici cité comme modèle, avec en particulier les développements récents sur l’entreprise individuelle comme norme de relation du travail. Les partisans d’une flexibilité interne à l’entreprise mettent en revanche l’accent sur les risques qu’entraîne le recours systématique à l’externalisation dans la gestion de l’entreprise (externalisation des personnels et des activités), l’utilisation abusive de la flexibilité externe risquant de conduire à une perte d’expérience et de savoir-faire. On rejoint ici le débat sur le rôle de la formation et du « capital humain » dans la situation du marché du travail, le chômage pouvant parfois être interprété comme le résultat de l’inadaptation partielle de la formation aux transformations et aux évolutions du marché du travail.
Source : Robert HOLCMAN, « flexibilité du marché du travail et formation », Les Cahiers français, n° 279, janvier-février, 1997.

Document 4 : Flexibilité de l’emploi et « bouclages macroéconomiques » Source : Les Cahiers Français, n° 231, mai-juin1987.

Document 5 Le raisonnement est simple : il suffirait de fluidifier le marché du travail pour que la courbe des demandeurs d’emploi baisse : échelle des salaires plus large, abaissement du salaire minimum et des minima sociaux, assouplissement de la législation du travail, allégement des contraintes liées au temps de travail et à sa durée. A-t-on pu faire la preuve d’un lien mécanique entre taux de chômage et flexibilité du marché du travail ? [...] « on peut dire qu’un certain consensus s’est dégagé pour reconnaître le peu d’impact de la réglementation sur le niveau absolu du chômage et de l’emploi » estime Olivier Passet du commissariat au plan. A contrario la plupart des spécialistes s’accordent pour attribuer des effets négatifs à une trop grande protection de l’emploi. « Cette protection peut avoir des effets pervers par tranches d’âges : accroître le coût des licenciements des plus de 55 ans complique leur recrutement, voire pénalise ceux de 50 ans. Protéger les plus fragiles (jeunes, femmes, et plus âgés) » explique Etienne Wasmer, professeur en économie du travail. Autre point à prendre en compte, les « libéraux » ne sont pas les seuls à avoir de bons taux d’emploi. Le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège ou encore la Suède font partie des premiers du classement, tout en ayant conservé une bonne dose de protection sociale.
Sources : Catherine ROLLOT, « Cette flexibilité qui résoudrait tout et dont on ignore beaucoup les effets », Le Monde, mardi 22 juin 2004.

Document 6 : Rigueur de la réglementation de l’emploi à la fin des années 90 Source : Olivier Passet, « Modèle américain, versus modèle européen », Les Cahiers français, n° 304, 2001.
(*)La rigueur de la réglementation est cotée par ordre croissant sur une échelle allant de 0 à 6.

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