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Contribution de la régionale de Versailles

Après un rapide aperçu des résultats provisoires de l’enquête nationale et un appel pour que chacun relance les collègues qui n’ont pas renseigné cette enquête, voilà les quelques propositions qui ont émergé « par consensus » de la discussion. Ces propositions qui portent essentiellement sur le contenu des programmes doivent être comprises « toutes choses égales par ailleurs », en partant de l’hypothèse que les volumes horaires et la place des SES dans les trois années de lycée ne change pas fondamentalement par rapport à l’existant.

En seconde :

-  Donner davantage de liberté aux enseignants de construire un parcours pédagogique adapté aux élèves à qui il doit faire découvrir les Sciences Economiques et Sociales en seconde. Cette liberté est un atout pour que chaque enseignant puisse à partir du programme construire un projet qui lui est propre avec sa classe, et donc pour favoriser l’efficacité et l’attractivité de l’enseignement (au cas où il reste optionnel).
-  Construire des programmes en reprenant la terminologie du socle commun de compétences : des connaissances, mais aussi des capacités et des attitudes. Reprendre la terminologie du « socle commun » a au moins deux avantages : un avantage stratégique, car cela permet de montrer quel est l’apport spécifique des SES en seconde pour prolonger ou aborder de nouvelles compétences que celles acquises grâce aux disciplines enseignées au collège ; mettre l’accent autant sur les connaissances à transmettre que sur les savoir-faire et attitudes, dans l’esprit de ce que préconisaient les « Objectifs de référence pour l’enseignement des SES en seconde » en 1993. (voir http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/ses...).
-  Dans le volet « Connaissances » du programme, reprendre les 4 thèmes actuels mais instituer la liberté pour l’enseignant de n’en traiter que 3 sur les 4 indiqués OU donner un caractère obligatoire à deux thèmes (famille et production par exemple) et une liberté de choix pour un troisième thème parmi une liste de propositions. Limiter le nombre de notions à acquérir.
-  Dans le volet « Capacités » du programme, présenter une liste de savoir-faire dont la mise en œuvre au cours de l’année a un caractère obligatoire (effectuer une petite enquête par questionnaire, utiliser un tableur, savoir-faire quantitatifs etc.) ou facultatif (effectuer une enquête par entretiens qualitatifs, faire un exposé oral d’un travail réalisé en groupe, réaliser une revue de presse) [NB : le débat reste ouvert sur les savoir-faire qui doivent avoir un statut obligatoire ou pas].
-  Dans le volet « Attitudes » du programme, on pourra insister sur les compétences sociales et civiques du socle commun, la distance critique par rapport à l’information, l’autonomie et l’initiative.

En première :

-  L’organisation actuelle du programme ne donne pas satisfaction, notamment le découpage en deux parties (les actions économiques et sociales puis leur régulation) et le début du programme (une représentation du fonctionnement de l’économie puis monnaie et financement de l’économie), alors que l’ensemble formé par les chapitres concernant le marché et l’intervention de l’Etat a une cohérence forte.
-  La science politique est sous représentée et les chapitres où cette discipline est mobilisée peu traités, probablement du fait de l’existence de l’option « Sciences Politiques » en première ES. Elle est trop réduite dans l’enseignement obligatoire à une simple analyse des institutions politiques, redondante avec les enseignements d’instruction civique et d’Histoire-Géographie de collège, alors que certaines questions traitées ailleurs auraient une grande pertinence pour tous les élèves suivant l’enseignement obligatoire de 1ère : la question des déterminants du vote, des sondages (traitées en option), du rôle des conflits sociaux dans une démocratie (traitée en TES actuellement de manière critiquable, voir ci-dessous).
-  La discussion a fait émerger une proposition de 4 grands thèmes pour le programme de 1ère : le marché (son fonctionnement, les stratégies des entreprises, ses limites), l’Etat (ses rôles économiques et en matière de protection sociale), socialisation et culture (proposition : « Société et Individu » ?), la participation politique (les déterminants du vote, le rôle des sondages, les conflits comme participation « non-conventionnelle »). La stratification sociale serait étudiée essentiellement en terminale dans le chapitre sur les inégalités.

En terminale :

-  Conserver l’articulation entre un programme de 1ère plutôt « statique » et des problématiques plus « dynamiques » en terminale, centrées sur les processus de croissance, développement et changement social.
-  Un programme à alléger en supprimant certains thèmes redondants avec d’autres disciplines (la justice sociale … traitée en philosophie ; la construction européenne traitée en histoire-géographie et qui peut être perçue en SES comme un cas particulier du processus d’intégration régionale à étudier dans les chapitres sur la mondialisation), redondants avec le programme de 1ère (les politiques économiques, les conflits sociaux, les phénomènes d’acculturation provoqués par la mondialisation), ou incohérents avec l’optique de longue période du programme (les déterminants de l’investissement).
-  Réduire l’arbitraire de l’évaluation au baccalauréat en présentant le titre de chaque chapitre sous la forme d’une question (la construction des sujets ne se ferait plus en faisant une combinatoire des notions de la 2e colonne, mais à partir des titres des chapitres, ce qui limitera fortement le nombre de sujets possibles) et en indiquant pour chaque chapitre un ou deux raisonnements qui peuvent être exigés (par exemple : la théories des avantages comparatifs et ses limites dans le chapitre sur l’internationalisation des échanges, une version édulcorée et non formalisée de la théorie de la croissance de Solow et de ses limites dans le chapitre sur les sources de la croissance).
-  La discussion a fait émerger une proposition de 3 grands thèmes pour le programme de Terminale : Croissance et développement (Sources de la croissance, Croissance et développement ou Croissance et développement, Progrès technique et emploi) ; Changement social (Inégalités et stratification sociale, Intégration et protection sociale) ; Mondialisation (Internationalisation des échanges et développement ; Mondialisation et développement durable). Sur ce dernier point, la problématique du développement durable serait abordée dans le cadre du thème portant sur la mondialisation, les risques environnementaux étant des risques globaux et la mondialisation mettant en concurrence des systèmes nationaux de protection sociale (en relativisant l’impact de cette concurrence sur la protection sociale par rapport à des facteurs « internes » comme le vieillissement de la population ou l’évolution des structures familiales …).

L’évaluation :

-  La question de synthèse étayée par un travail préparatoire est une épreuve … qui n’a pas fait ses preuves. Pour partie, les questions de TP ne permettent pas d’évaluer les compétences : à cause des défauts des programmes, qui ne spécifient pas suffisamment ce que les élèves peuvent avoir acquis en termes de connaissances ; à cause de documents mal choisis (ersatz de cours) et de questions soit trop précises (donner la signification d’une donnée) soit contradictoires dans les consignes (expliquer la phrase soulignée … sans paraphraser). La synthèse est elle-même un exercice dont les consignes s’apparentent à des injonctions contradictoires : réutiliser le TP sans que le plan ne soit un simple patchwork de questions ; développer une argumentation mais sans avoir l’espace pour le faire (3-4 pages …). Au total, c’est un exercice encore plus « normé » que la dissertation qui, s’il rassure beaucoup d’élèves (d’où une désaffection importante pour cet exercice), ajoute aux défauts de la dissertation d’autres défauts propres sans apporter de contribution décisive à l’évaluation des compétences.
-  Proposition d’une double évaluation : une épreuve écrite évaluée en contrôle final et une épreuve « pratique » en CCF. L’épreuve écrite de 4 heures présenterait un choix de plusieurs sujets de dissertation avec documents et obligation d’utiliser ces documents qui doivent être soit des documents statistiques soit des exemples, mais pas des mini-synthèses de cours. L’épreuve « pratique » serait une sorte de « TPE » demandant aux élèves de choisir un sujet parmi un des 4 thèmes du programme de 1ère, de présenter un dossier traitant ce sujet et mobilisant un certain nombre de méthodes qui seraient listées dans le programme (notamment la sélection et la distance critique par rapport aux sources, l’utilisation de savoir-faire quantitatifs, d’un tableur, d’un traitement de texte, des méthodes d’enquête par questionnaire et/ou entretien, etc.). Cette épreuve permettrait à la fois d’évaluer des éléments du programme de 1ère et des compétences qui ne sont pas évaluées par l’exercice de la dissertation, comme l’utilisation de certaines méthodes des sciences sociales et celle des TIC. Un coefficient différent serait attribué à chaque épreuve (exemple : 5 et 2 ?).

Des réserves pourraient certainement être apportées à chacune des propositions contenues dans ce compte-rendu et, si certaines ont émergé dans la discussion (comme les difficultés d’encadrement et d’évaluation posées par l’épreuve « pratique »), nous n’avons pu toutes les prendre en compte dans le temps qui nous était imparti. Mais, plutôt que d’en rester à des constats ou des généralités, nous voulons prendre le risque de proposer des réponses qui permettront certainement d’enrichir les discussions lors des « Assises des SES » du moi de mai 2009.

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