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Intervention de Laurent WILLEMEZ pour l’ASES

Assises de l’enseignement des SES - 16 mai 2009


Je voudrais revenir sur la question de l’échec des étudiants en premier cycle. Il y a véritablement un décalage entre étudiants venant de SES et autres étudiants quels qu’ils soient. Les étudiants qui viennent de la série ES ne sont pas échecs, voire même parfois ils s’ennuient et c’est une de nos difficultés. Ils ont une forme de rapport aux savoirs académiques, aux auteurs, mais aussi à un certain nombre de savoir-faire (lecture de textes, de tableaux, etc.). Un point à noter, même si la sociologie n’est pas unifiée contrairement à l’économie, je ne suis pas sur qu’il soit toujours très intéressant d’opposer auteur à auteur. C’est vrai que les étudiants arrivent souvent en faisant le coup de Boudon contre Bourdieu. On l’entend encore beaucoup, mais je ne dis pas que c’est partout, mais ces grandes oppositions des paradigmes ne nous semblent pas être ce qu’il y a de plus important et de plus intéressant.

Il n’y a pas de solutions de continuité entre l’enseignement de SES au lycée et l’enseignement de sociologie à l’Université. Pour un certain nombre de collègues qui ont enseigné les SES, qui sont certifiés ou agrégés de SES, il y a donc pour un certain nombre de collègue une culture commune qui existe. Cette culture je l’ai acquis auprès de mes collègues de lycée qui ont participé à la prépa Capes SES et j’ai vu en quoi consistait cette vision un petit peu macro, un petit peu englobante, mais qui permet d’avoir une vision générale de la société et de relier problèmes économiques et problèmes sociaux. On retrouve également un certain nombre de collègues du secondaire comme chargés de cours en première année à l’université. Il ne s’agit pas pour moi de penser à déshabiller Pierre pour habiller Paul, ou bien qu’il s’agit de mettre les agrégés en première année à l’université comme certains projets ont été proposés. Mais ce que je veux dire c’est qu’il y a malgré tout des liens intéressants et les profs de SES quand ils arrivent à l’université font énormément travailler les étudiants de 1re année, beaucoup plus que ce qu’on a l’habitude de faire, et cela cadre bien nos étudiants.

Nous avons un certain nombre de difficultés parce qu’un certain nombre de proviseurs et de professeurs principaux déconseillent fortement d’entrer à l’université, en tout cas pas dans les facultés de Sciences Humaines. Et là je pense que vous avez un rôle, celui d’expliquer ce qu’est l’enseignement de la sociologie à l’université et ne pas demander aux lycéens d’éviter l’université. Je le dis parce que c’est un phénomène qui semble, en ce moment, prendre de l’ampleur et qui nous inquiète fortement.

Dernier point, nous sommes quand même dans une période un peu spéciale. Vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes soit au milieu, soit à la sortie d’un mouvement de mobilisation extrêmement fort. Je voudrais juste revenir sur la formation des professeurs de sciences économiques et sociales puisque, évidemment, c’est aussi la fonction des sociologues notamment mais pas seulement, de former vos futurs collègues. Il faut les fabriquer ces professeurs, et dans le processus de masterisation des formations, il me semble que la manière dont les professeurs de SES sont formés pourraient servir d’exemple dans le futur processus de masterisation. On voit bien qu’en SES la pédagogie, le partage des savoirs, les manières d’apprendre et de s’approprier les savoirs, sont très importantes. L’enseignement de didactique occupe une place importante, peut être plus que dans les autres disciplines. Ce qui veut dire que les lieux où l’on apprend la pédagogie, je parle des IUFM, sont importants. Et puis c’est aussi la question du disciplinaire : quelle place du disciplinaire dans la formation du professeur. Notre problème ou notre avantage, c’est pas tant que la formation est disciplinaire, c’est qu’elle est bidisciplinaire. Et j’insiste beaucoup car il est vrai que peu d’étudiants de sociologie, et c’est sans doute notre faute, se lancent dans la préparation du concours. Ce sont plus des économistes et des étudiants venant d’AES par exemple ou de gestion. Cela pose une question : il nous semble que la sociologie est un peu moins considérée que l’économie dans le concours, et comment faire pour que l’économie et la sociologie soient les deux jambes sur lesquelles marchent les professeurs de sciences économiques et sociales, et qu’ils ne boitent pas vers l’économie, parce que notre objectif, il n’est pas hégémonique. Les sociologues n’ont pas pour objectif que les professeurs de sciences économiques et sociales ne soient que des sociologues.

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