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Compte-rendu de l’entrevue de l’Apses au Ministère le 31 janvier 2011

Compte-rendu de l’entrevue de l’Apses au Ministère de l’Education nationale

L’APSES, représentée par Stéphane Carré, Marjorie Galy et Erwan le Nader, a été reçue lundi 31 janvier par Christophe Kerrero, conseiller chargé des affaires pédagogiques et de l’égalité des chances au sein du cabinet du Ministre de l’Education nationale. L’entrevue a duré 1H30. L’ordre du jour de l’entrevue avait été communiqué au cabinet du Ministre une semaine auparavant.

1 – Statut de l’enseignement de SES en seconde

L’APSES a précisé que les SES avaient été choisies par 85% des élèves de seconde. Ce qui apparaît comme un plébiscite interroge sur l’incohérence de lui attribuer le statut secondaire d’enseignement exploratoire. Puisque les SES répondent à une forte demande sociale, qu’elles apparaissent essentielles pour mieux saisir les enjeux contemporains, et qu’elles sont absentes du collège, tout en étant un enseignement central dans la série ES (deuxième bac en termes d’effectifs), il apparaît anormal que cet enseignement demeure optionnel en seconde avec un horaire réduit à seulement 90 minutes par semaine. L’Apses s’est d’autre part étonnée que les SES soient placées en situation asymétrique avec les disciplines de tronc commun en ce qui concerne l’évaluation et a remarqué que les pratiques étaient très diverses au sein des lycées. Sans qu’il s’agisse de fétichiser les notes, le fait qu’elles perdurent dans le tronc commun mais puissent ne pas être prises en compte en SES peut générer des effets pervers en termes de motivation des élèves ou de signal pour l’aide à l’orientation. Pour M Kerrero, tous les enseignements d’exploration, indistinctement, n’ont pas vocation à être évalués par une note, il devrait être possible de s’imprégner d’un certain nombre de notions sans forcément passer par une norme chiffrée. La mise en place d’une note en SES ou PFEG reviendrait, pour lui, à prédéterminer les voies suivies après la seconde, or le ministère refuse de rétablir une hiérarchie implicite des filières. L’état d’esprit doit être différent des autres disciplines afin que les élèves y trouvent un intérêt autre. La question de l’hétérogénéité des pratiques en termes de notation renvoie avant tout à la responsabilité des conseils pédagogiques de chaque établissement. L’Apses a fait remarquer que ce discours entrait en contradiction avec une déclaration de M. Luc Chatel, au journal « Les Echos » du 25 mars 2010, où il précisait que « pour l’évaluation, il pourra y avoir des notes dans les enseignements d’économie, dits exploratoires ». L’Apses a rappelé que la situation des SES en seconde n’était pas la même que celle d’autres enseignements d’exploration. « Littérature et société » et « Méthodes et pratiques scientifiques » par exemple sont des compléments de disciplines présentes depuis le collège et dans le tronc commun de la classe de seconde (Lettres, Histoire-Géographie, Physique-Chimie, Sciences et vie de la terre). En outre ces enseignements d’exploration ont des programmes structurés autour de thématiques larges qui se prêtent bien à la pédagogie de projet et qui ont, plus souvent qu’en SES, obtenu les groupes à effectifs réduits dans les établissements. A contrario, le programme de SES en seconde continue d’être un programme classique, c’est-à-dire structuré autour de notions et dont les professeurs ont l’obligation de traiter 8 des 10 questions que compte ce programme. Si l’on rajoute à cela la difficulté, pour les SES, d’obtenir des heures à effectifs réduits, les enseignants de SES se retrouvent, bien souvent, en seconde, devant des injonctions contradictoires d’où des situations d’enseignement difficiles (faible horaire, classes surchargées, absence de notes, programme dense et contraignant). Pour finir le ministère a reconnu qu’idéalement, une répartition entre SES/PFEG de 70/30 en seconde paraissait souhaitable mais qu’en aucun cas il ne s’agissait d’un « dogme », les élèves et les parents restant seuls décisionnaires en matière d’orientation.

2 – Structures et options en série ES

L’APSES a rappelé l’incohérence de l’offre des options en cycle terminal, où les élèves devraient choisir entre « mathématiques », « économie approfondie » ou « sciences sociales et politiques », pour un horaire d’1H30 seulement. Les élèves perdent donc la spécialité « langues » ce qui ne pourra que se traduire par une moindre attractivité de la série ES. Par ailleurs, les élèves souhaitant poursuivre en CPGE ou facultés d’Economie-gestion choisiront-ils la spécialité Mathématiques, ou Economie approfondie ? Nous avons prévenu le ministère, que selon notre connaissance des profils et vœux d’orientation des bacheliers ES, on pouvait s’attendre à ce que peu d’entre eux choisissent Economie approfondie et se dirigent soit vers Mathématiques approfondie soit Sciences sociales et politiques. Le ministère rappelle qu’il a voulu redonner une identité plus claire à la filière L en mettant l’accent sur les langues. Enfin, selon le ministère un élève en faculté d’économie peut réussir sans être forcément très fort en mathématiques. L’Apses a rappelé qu’elle demandait la réintroduction de l’option langue et d’une option de SES, en rappelant que la volonté du ministère d’accroître la spécialisation en cycle terminal en vue de mieux préparer à l’enseignement supérieur était contradictoire à la fois avec les multiples débouchés des élèves issus de la série ES et avec les conclusions du Rapport Pécresse demandant justement moins de spécialisation dans les premières années de l’enseignement supérieur. L’Apses a précisé que les bacheliers ES réussissaient d’ores et déjà bien leurs études supérieures. Les élèves qui réussissent bien à l’université sont ceux qui savent analyser un sujet, le problématiser, argumenter, disserter. L’universitarisation des programmes de SES est contre-productive parce que la quantité supplémentaire de notions qu’elle implique limitera le temps que les professeurs pourront consacrer aux apprentissages de méthodes. L’Apses a également interpellé le ministère sur le déficit d’heures en ES comparativement aux autres séries :
- en première, l’horaire des élèves de ES est inférieur d’une demi-heure à celui des élèves de S, et les élèves n’ont le droit qu’à 7h de dotation pour les groupes à effectifs réduits contre 9h en 1ère S
- en terminale, l’horaire des élèves de ES est inférieur d’une heure à celui des élèves de S , et les élèves n’ont le droit qu’à 6h de dotation pour les groupes à effectifs réduits contre 10h en terminale S. En particulier, comment expliquer que les options soient d’1h30 en ES, contre 2h en S, et 3 H en L ? M Kerrero n’était pas en mesure de confirmer les différences de dotation horaire selon les séries, précisant que pour le ministère il n’existait aucune volonté de nuire à la série ES. Selon lui, la question des dédoublement provient avant tout des conditions matérielles des établissements (manque de salles et nécessité de TP pour certaines matières). Il a aussi rappelé la volonté du ministère de défaire la hiérarchie des séries.

3 – Programmes de SES en cycle terminal

L’Apses a rappelé qu’une majorité de collègues était opposée au nouveau programme de 1ère et l’avait signifié en signant une pétition demandant un moratoire sur le programme et la convocation d’un nouveau groupe d’experts. Il a été aussi rappelé que les critiques à l’égard du programme étaient appuyées par de nombreux universitaires. M. Kerrero a dit ne pas comprendre ce qui était reproché à ce programme. Il a ajouté que le professeur disposait de marges de manœuvre dans le cadre de sa liberté pédagogique. L’Apses a rappelé les trois points de divergence : 1-La séparation des savoirs entre sociologie/économie/sciences politiques entraîne une fragmentation des savoirs et un appauvrissement des problématiques pour les élèves. 2-Le nouveau programme opère un renversement pédagogique en partant des notions ce qui marginalise les questionnements susceptibles d’intéresser les élèves. 3-L’encyclopédisme du programme laisse peu de temps pour approfondir chaque thème et donc ne favorise pas l’acquisition des connaissances et la mise en œuvre de démarches pédagogiques adaptées. Après avoir rappelé que selon le groupe d’experts la situation était identique auparavant (en termes de densité de notions), M. Kerrero a déclaré que le ministère ne s’immisçait pas dans les programmes et que le groupe d’experts avait l’autorité suffisante pour juger ce qui était faisable ou non par les élèves notamment en raison de leur expérience pédagogique avec des étudiants. Enfin il a ajouté que ces critiques ressemblaient un peu à une querelle de chapelle et demandé pourquoi l’Apses n’était pas restée au groupe d’experts. L’Apses a rappelé d’une part que son refus de cautionner le programme de première venait de son inadaptation aux élèves et finalités du lycée et d’autre part que de nombreuses associations d’universitaires (AFEP, AFS, ASES, AECSP…) contestaient ce programme ce qui justifiait donc pleinement un moratoire sur le programme de 1ère et la nomination d’un nouveau groupe d’experts. Pour le ministère, l’exigence d’un calendrier très serré : mise en place de la 1ère en 2011 et de la terminale en 2012 avec les contraintes du baccalauréat, ne permettrait pas d’accéder à notre demande de moratoire. L’idée est plutôt de « laisser vivre » le programme avant de le condamner d’avance. Pour l’Apses, laisser le programme en l’état va conduire à de multiples adaptations par les collègues qui devront défaire et refaire les thèmes ce qui entraînera à terme la perte du caractère national du programme en raison de l’éclatement des pratiques et situations. On peut déjà noter une évolution dans ce sens avec le nouveau programme de seconde qui donne lieu à des interprétations et pratiques très variées selon les lycées et les académies. Enfin, l’Apses a rappelé que la phase de consultation n’avait donné lieu qu’à des changements mineurs sur la structure du programme. Le ministère se déclare conscient des réticences que soulève ce programme mais estime qu’il est normal qu’un programme donne lieu à des modalités d’application différentes dans la mesure où l’objectif poursuivi reste le même. L’Apses a fait remarquer que c’était justement parce qu’il y avait désaccord sur les objectifs que les professeurs étaient très critiques vis-à-vis de ce programme. En prenant l’exemple de la notion des « avantages comparatifs », l’Apses a montré les limites d’un programme qui part de notions complexes sans les relier à des problématiques d’actualité qui font sens (ici : le débat sur l’intérêt de l’internationalisation des échanges). Selon le ministère, la réforme du lycée cherche à mieux articuler les exigences du supérieur avec celles du lycée, autrement dit à rechercher une cohérence entre le « L+3 et le L-3 ». Certes il a été reconnu que les conditions matérielles de la réforme (réduction de postes notamment) n’étaient pas « optimales » pour « vendre la réforme » mais que néanmoins il fallait voir les aspects positifs et notamment le fait que tous les élèves avaient maintenant accès à un enseignement d’économie en seconde, et même 85% en SES, ce qui était un point intéressant pour la discipline.

4 – Enseignement « droits et grands enjeux du monde contemporain ».

L’APSES a demandé à M Kerrero de lui préciser :
- la composition du groupe d’experts chargé de l’élaboration du programme
- qui seraient les enseignants qui auraient vocation à assurer cet enseignement
- quelles seraient les grandes lignes du programme
- quelles seraient les modalités d’évaluation de cet enseignement au baccalauréat

M Kerrero a déclaré disposer de peu d’informations, le dossier étant géré par la Dgesco. Là encore le ministère déclare ne pas s’immiscer dans les programmes, le fil directeur devant être le lien avec les enseignements du supérieur, en l’occurrence, le droit. Pour l’instant, les enseignants appelés à enseigner cette matière n’ont pas été définis mais il semble que les collègues d’économie gestion au vu de leur formation en droit en feront partie et que les professeurs de SES, a priori, n’en seront pas écartés. L’Apses a précisé que les enseignants de SES étaient prêts à participer à cet enseignement si son contenu permettait d’étudier des problématiques propres aux sciences sociales. L’APSES a cependant fait remarquer que les facultés de droit constituant le premier débouché de la série ES, la création d’une option droit en L pourrait détourner des élèves de la série ES. Pour M Kerrero, le rééquilibrage des séries doit avant tout lutter contre l’hypertrophie de la série S et la perte d’attractivité de la série L. Il ne s’agissait donc pas de prendre les élèves de ES pour les mettre en L. La suppression de l’histoire géo en terminale S devant dissuader les élèves qui envisagent de prendre S pour après s’engager dans des filières sciences humaines ou sciences politiques. L’Apses a exprimé son scepticisme sur cette question, en précisant que la mise en place de passerelles entre série augmenterait probablement le nombre d’orientations en première S.

5 – Les futures épreuves du baccalauréat

L’APSES a demandé au Ministère quel était le calendrier précis de la DGESCO pour la définition des épreuves au baccalauréat, et comment l’APSES serait associée à leur définition. M Kerrero n’a pas apporté d’éléments de réponse précis à ces questions. Il a toutefois précisé que la nature des épreuves devrait être arrêtée au printemps 2011. Selon lui, il n’y a pas de volonté de toucher au bac ni de remettre en cause le principe de la dissertation. M. Kerrero a déclaré que l’Apses serait la bienvenue si elle souhaitait être associée à la réflexion sur les évolutions des épreuves du bac mais que, le sujet étant très sensible, il nécessitait beaucoup de précautions. Pour sa part, l’Apses a notifié sa volonté de participer à cette réflexion mais en faisant remarquer que les membres de l’Apses, ne participant pas à titre personnel, mais en tant que représentants, cela impliquait de disposer de temps pour pouvoir consulter les collègues sur un projet de réforme des épreuves. Il y a donc urgence à lancer un groupe de travail sur cette question. L’Apses a rappelé l’anachronisme qui réside dans le fait de faire de nouveaux programmes, qui plus est qui changent radicalement les finalités des SES, avant d’avoir pensé les nouvelles épreuves du baccalauréat. D’autre part, l’Apses a rappelé son attachement à la dissertation et ne veut pas que la deuxième épreuve conduise à éliminer progressivement la dissertation par un effet d’éviction.

6 – Les postes aux concours

L’Apses fait remarquer que l’appel à des non-titulaires a explosé dans de nombreuses académies, ce qui pose la question du nombre de postes aux concours. L’Apses a demandé une hausse du nombre de postes offerts. Dans un contexte de contrainte budgétaire, le ministère ne s’est engagé qu’à transmettre l’information aux services compétents, soulignant qu’il pouvait parfois y avoir un décalage entre l’approche locale (manque d’effectifs dans certaines académies) et l’approche centrale où les problèmes sont traités globalement.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales