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Communiqué de presse de l’APSES du 17 mars 2011 : De la première à la terminale, toujours le même dogmatisme pour les programmes de SES

Alors que le nouveau programme de SES de première censé entrer en application en septembre 2011 connaît une contestation sans précédent, le Ministère de l’Education Nationale a rendu publics les projets de programmes pour la classe de terminale. Davantage centrés sur des thèmes susceptibles d’intéresser les élèves que le nouveau programme de première, ils sont cependant construits selon les mêmes dogmes qui sont à l’origine des mêmes aberrations pédagogiques (voir notre analyse détaillée ici).

1. Des programmes d’un encyclopédisme record

Alors qu’enseignants comme universitaires sont unanimes à condamner l’encyclopédisme de l’ancien programme de terminale, le projet fait passer le nombre de questions à traiter de 16 à 18, et le nombre de notions évaluables au baccalauréat de 135 à environ 170 [1] , alors qu’avec la réforme, l’horaire de SES en terminale baisse de 6 à 5 heures. Cet encyclopédisme interdira de prendre le temps d’une mise en activité intellectuelle des élèves, et de réappropriation nécessaire à toute réflexion. Elle a aussi toutes les chances d’induire un type d’évaluation au baccalauréat qui n’incitera qu’à la récitation du cours au détriment du raisonnement.

2. Un cloisonnement disciplinaire dogmatique sans cohérence

Construit sur le seul principe d’un cloisonnement entre l’économie d’une part et les autres sciences sociales d’autre part, le projet de programme perd la cohérence qui prévalait jusqu’alors. Alors que le programme de première affirme pourtant que « les objets communs susceptibles de mobiliser les regards croisés […] prendront toute leur place en terminale », ces croisements ne sont autorisés que marginalement en fin de programme sur 12% de l’horaire. Ainsi, les questions relatives au développement durable se limitent au seul aspect environnemental et sont désormais étudiées sous un angle strictement économique, faisant disparaître la notion de développement humain. De même, le thème « Emploi et chômage » (partie économique) est désormais distinct de « Travail et Emploi » (regards croisés) ! Pourquoi ne pas regrouper « Comment représenter le marché du travail ? » et « Comment s’articulent marché et organisation dans la gestion de l’emploi ? » dans un même questionnement sur les mutations de l’emploi, si ce n’est au nom d’un cloisonnement dogmatique ? Par ailleurs, l’absence de la moindre référence aux évolutions des conditions de travail de la seconde à la terminale est significative. Et que penser en option « Economie approfondie » du traitement des questions sur la protection sociale (« Quelles sont les contraintes économiques pesant sur les régimes de retraite ? », « Pourquoi et comment les pouvoirs publics cherchent-ils à maîtriser les dépenses de santé ? ») qui sont purement et simplement réduites à leur dimension financière, impliquant une approche partielle, pour ne pas dire partiale, de ces questions centrales ?

3. Trop de questions où l’apprentissage des outils théoriques devient une fin en soi

Comme pour le programme de première, de nombreuses questions ne sont qu’un simple prétexte pour aborder des notions pour elles-mêmes et non pour les questions contemporaines auxquelles elles pourraient permettre de répondre. Ainsi, pourquoi se demander « Comment s’opèrent les règlements internationaux ? », focalisant ainsi l’attention sur des points de comptabilité financière, plutôt que de s’interroger sur les implications de l’internationalisation de la finance ? Pourquoi également formuler la question préalable « Comment représenter le marché du travail ? », plutôt que de l’intégrer à la question plus large des déterminants de l’emploi ? Ces questions étroitement techniques, qui se cantonnent à poser la question du « comment » en évitant ainsi les débats susceptibles de motiver la curiosité des élèves, ont également comme conséquence de réduire singulièrement le pluralisme théorique : exit les aspects structurels des crises économiques, exit les notions introduites par Pierre Bourdieu dans l’analyse de la mobilité sociale.

Ces défauts importants doivent amener le ministère à remettre en question les principes mêmes qui ont présidé à la confection des deux programmes du cycle terminal et à prendre en compte la demande de réécriture de ces programmes par un nouveau groupe d’experts, une demande portée à la fois par la moitié des enseignants de SES et par onze associations représentatives de la communauté scientifique en sciences sociales.

Marjorie Galy – Présidente - marjorie.galy@wanadoo.fr Rémi Jeannin - Vice-président - jeannin.remi@gmail.com Erwan Le Nader – co-secrétaire général - erwan.le.nader@gmail.com Patricia Morini - co-secrétaire générale - patricia.morini@laposte.net

[1] En incluant les notions de première mentionnées dans celui de terminale

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