Etats Généraux des SES : résultats de l’enquête seconde

Par Frédéric Combelle, professeur de SES dans l’académie de Toulouse

Comme l’a dit Rémi tout à l’heure, l’APSES a mené une enquête durant les mois de décembre et début janvier pour savoir quelles étaient finalement les conséquences de la mise en œuvre de la réforme en classe de seconde, à la fois en termes d’horaire, en termes d’organisation des heures d’enseignement et puis aussi en termes de mise en œuvre de ce nouveau programme [1]. Il est un peu dommage que la culture de l’évaluation ne se soit pas tellement propagée au sein du ministère de l’Education Nationale, mais heureusement nous sommes là pour y remédier en partie. Je vais structurer mon exposé en quatre points : Tout d’abord une partie sur les effets de la réforme de la seconde sur les conditions d’enseignement. Ces effets de la réforme, ils se traduisent pour les enseignants de Sciences Économiques et Sociales par deux grands leitmotivs qui reviennent très souvent dans les commentaires qu’ils laissent sur cette enquête. C’est, d’une part, un manque de temps : on n’a pas le temps de traiter ce programme monstrueux dans l’horaire minuscule d’un enseignement d’exploration, ce sera mon deuxième point. Et à côté de ce manque de temps, il y a vraiment un rejet, un regret très fort lié à une impression qu’on est obligé de faire du light, de faire du survol, de l’exploration, qu’on manque d’approfondissement. D’où un certain nombre – et ce sera mon quatrième point – de stratégies qui peuvent être mises en œuvre pour faire face à ces difficultés.

Tout d’abord, les conditions d’enseignement. La réforme a eu des effets contrastés sur la dotation horaire qui est attribuée aux SES puisqu’on a à la fois davantage d’élèves qui prennent l’option SES, et en même temps une diminution drastique de l’horaire qui est attribué aux SES. Ce qui fait que pour certains lycées, l’augmentation du nombre d’élèves va être primordiale, on a 29 % des collègues qui ont complété cette enquête qui observent un gain d’heures attribué aux SES. Par contre, on a 34 % – un tiers – qui constate une perte d’heures. Ils sont dans des lycées qui accueillaient déjà une forte proportion d’élèves dans l’enseignement de SES. Contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre, un deuxième enseignement de cette enquête, c’est que finalement, il n’y a pas eu une augmentation excessive de la charge de travail en seconde. La majorité des enseignants se voit confier la charge de 2 à 4 groupes. Ceci dit, on a quand même une proportion non négligeable – 13 % – de collègues qui se retrouvent avec 6 groupes ou plus de SES ou de PFEG. Six groupes de seconde, ce n’est peut-être pas très motivant. La répartition de la charge de travail en seconde dans ces établissements n’est pas optimale. Enfin, un des problèmes qui se sont véritablement posés de façon très importante, c’est la fin du cadrage national des dédoublements. Désormais, ce sont les établissements qui, dans la mesure de leurs moyens, accordent des dé-doublements…ou pas. 57 % des collègues qui ont répondu à cette enquête (ils étaient 657) doivent désormais enseigner en classe de seconde pendant une heure et demie en classe entière et sans dédoublement. On verra que cela pose un certain nombre de questions.

Le programme… Un des points qui revient fortement, c’est qu’il est impossible à traiter. Il n’est pas impossible à traiter en soi, mais il est impossible à traiter dans l’horaire qui est celui de l’enseignement d’exploration d’une heure et demie par semaine. La question qui a été posée est : « Au 3 décembre – ce qui correspond à la fin du premier trimestre –, par-mi les questions du programme, quelles sont celles que vous avez achevé de traiter ? ». Sa-chant qu’il faut traiter 8 des 10 questions du programme, on peut considérer que, normale-ment, si les collègues avaient réussi à tenir les délais qui leur sont imposés, ils auraient traité trois questions. En moyenne, ils en ont traité seulement deux, en commençant essentielle-ment par le début du programme : « Comment les revenus et les prix influencent les consommateurs » et « La consommation, marqueur social ». Première stratégie qui est mise en œuvre par un certain nombre de collègues – je ne peux pas vous donner exactement des statistiques car c’était le traitement d’une question qualitative et je n’ai pas eu le temps de réfléchir à un indicateur pour la transformer en question quantitative – beaucoup de collègues disent qu’ils font davantage de cours magistraux, ils utilisent beaucoup plus souvent les synthèses de cours photocopiées distribuées aux élèves avec souvent des exercices à trous. Les supports de cours vidéo-projetés sont sans doute une façon de gagner du temps dans la mesure où ce n’est pas forcément très interactif.

Les conditions d’enseignement qui sont les nôtres en classe de seconde imposent aussi un manque d’approfondissement qui conduit un certain nombre de collègues – notamment ceux qui ne peuvent plus bénéficier de travaux dirigés en demi-groupes – à devoir renoncer au travail en demi-groupe qui était justement l’occasion d’approfondir et de donner des méthodes de travail aux élèves (débats, travaux en salle informatique, méthodes quantitatives). Tout cela, on doit le faire passer à la trappe, pour ceux en tout cas qui n’ont plus de dédoublement.

Dernier point : un certain nombre de col-lègues se disent : soit je fais ce que je peux pour traiter ce programme dans le temps qui m’est imparti et je le traite mal, soit j’essaie de bien le traiter mais je renonce à le traiter entièrement. Une des questions de l’enquête était : « Parmi les questions du programme, quelles sont celles que vous pensez ne pas traiter cette année ? ». Plusieurs chapitres posent vraiment problème, et notamment les chapitres sur le marché. « Comment se forment les prix sur un marché ? », c’est un chapitre qui normalement doit être traité de façon obligatoire, mais il y a environ 25 % des collègues qui considèrent qu’ils vont le faire passer à la trappe, avec des arguments liés à la technicité de ce chapitre. Beaucoup insistent aussi sur son caractère idéologique, avec les « robinsonnades » qui visent à la glorification de la théorie néo-classique sans la mettre en contrepoint. On a aussi une partie importante des collègues qui pensent – à la fin du premier trimestre – qu’ils vont renoncer à traiter le chapitre « Comment expliquer les différences de pratiques culturelles ? », dans une optique de gain de temps et afin d’éviter les redondances, puisqu’il leur a semblé qu’il y avait beaucoup de choses qu’ils avaient déjà traitées dans d’autres chapitres, notamment dans le chapitre sur la consommation comme marqueur social ou sur la socialisation. Enfin, plusieurs collègues profitent de cette réforme de la classe de seconde pour modifier leurs pratiques pédagogiques en introduisant davantage de travail en groupe. Plusieurs indiquent qu’ils mettent en place une pédagogie de projet, et à chaque fois – c’est vraiment très significatif – ils indiquent que c’est au détriment du traitement complet du programme. : « Je préfère approfondir quelques parties du programme qui me semblent importantes plutôt que de traiter intégralement, mais mal, ce programme ».

[1] Les résultats complets de cette enquête sont disponibles sur le site de l’APSES ici.

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