Etats Généraux des SES : interventions salle à propos de l’enquête seconde

Rémi Jeannin (Professeur de SES, Vice-président de l’APSES) :

Grand merci et grand bravo à Frédéric qui a traité l’enquête. Je précise qu’on a 650 réponses sur environ 5 000 professeurs de SES (public et privé) en un mois – avec les vacances au milieu et la trêve des confiseurs – ce qui est quand même pas mal. Petite précision ; Dans les thèmes que certains professeurs disent ne pas traiter, il semble que cela concerne plutôt le thème sur « les limites du marché » (il y a 400 réponses de personnes qui disent : nous ne traiterons pas celui-là). Parce que les « mécanismes » du marché font partie des thèmes obligatoires, il y a beaucoup moins de collègues qui disent ne pas le traiter. Par contre, cela pose des questions. On a une contrainte pédagogique qui est plutôt une contrainte d’horaire, de structure, qui fait que l’on doit renoncer. On doit présenter les mécanismes du marché mais sans en montrer les limites. Ce qui pose des problèmes importants. Je vais tout de suite vous apporter une in-formation avant de lancer la discussion dans la salle, au vu de ces résultats, qu’on anticipait évidemment parce qu’on a les retours des enseignants à l’APSES (1300 adhérents). Ces contraintes là, cette aberration d’un programme – qui peut être intéressant si on avait le temps de le faire – et d’un horaire qui ne permet pas de réaliser ce programme et nous oblige à faire du survol – au passage en contradiction avec les recommandations de certains rapports comme le rapport Guesnerie, qui disaient qu’il fallait arrêter de faire du survol et commencer à approfondir un petit peu – nous ont conduit à lancer un appel qui sort aujourd’hui. Dans Le Monde papier, il y a un petit article, et un grand article dans Le Monde interactif publié sur le site du Monde. Marjorie y reviendra en fin de journée. On a voulu volontairement reprendre le titre d’un appel qui a été lancé le 1er décembre 2009, paru dans Le Monde, initialement : « Les Sciences Sociales au lycée, un enjeu démocratique », et on a recontacté une partie des signataires de l’époque, et d’autres signataires également. Cet appel demande… en fait je vous lis la dernière phrase : « Issu du tronc commun de seconde, alors qu’elles sont absentes au collège et constituent la discipline centrale de la série ES, deuxième série du bac général en effectifs, les SES ont pourtant une légitimité à être enseignées de manière obligatoire en seconde avec un horaire adapté à l’ambition des programmes, à la hauteur de la contribution de cet enseigne-ment à la formation citoyenne des élèves. C’est pourquoi nous demandons au ministre de l’Education Nationale que les SES – plébiscitées par les lycéens – ne soient plus traitées comme un enseignement d’exploration parmi d’autres, mais soient intégrées dans le tronc commun de la classe de seconde, avec un horaire revalorisé comprenant des dédoublements obligatoires sans lesquels l’initiation, une dé-marche spécifique des sciences sociales, ne peut être sérieusement envisagée ». Les signataires sont : Christian Baudelot, Stéphane Beaud, Julien Fretel, ici présent, qui préside l’Association des enseignants cher-cheurs en Science Politique, Marjorie pour l’APSES, Maurice Godelier, anthropologue, Bernard Lahire, Nonna Mayer, en tant que présidente de l’Association Française de Science Politique, André Orléan, en tant que président de l’Association Française d’économie politique, Thomas Piketty, Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France et Marie-Claire Villeval, qui préside l’Association Française de Science Économique. Autrement dit, l’ensemble des Sciences Sociales est représenté dans cet appel.

Jean Ferrette (professeur de SES, académie de Caen) :

Je suis militant Sud Education, et aussi coordonnateur de ma discipline au lycée Charles de Gaulle à Caen. Nous avons eu notre conseil d’enseignement hier et effectivement je crois qu’il faudrait compléter cette enquête par un bilan de fin d’année. La première surprise pour nous mais aussi pour les parents d’élèves, c’est que l’on ne fait plus qu’un devoir par tri-mestre. Cela a beaucoup surpris et il a fallu l’expliquer aux parents d’élèves. C’est un pro-blème pédagogique. On est incapable de suivre les élèves, on est incapable de personnaliser notre enseignement. Cela c’est la première chose. La seconde, c’est la disparition des clas-ses sociales (mais cela je pense que l’on va en parler cet après midi), sauf peut-être en termi-nale. C’est cela aussi qu’il faudrait poser, c’est notre incapacité aujourd’hui à faire un suivi pédagogique des élèves.

Alain Beitone (professeur en prépa BL à Marseille, formateur à l’IUFM d’Aix-Marseille et membre du groupe d’experts) :

Réaction à l’enquête. Si je prends l’interprétation de Frédéric et celle de Rémi, je voudrais souligner que si on fait une interprétation idéologique des choix des collègues, il y a beaucoup plus de collègues qui s’opposent à l’étude des limites du marché qu’à l’étude du marché – je ne pense pas que c’est ce que l’on voulait démontrer. Mais le plus important n’est pas cela, c’est la fin de l’enquête qui m’interpelle parce que Frédéric fait apparaître sous l’image de « résistance pédagogique » le choix de la pédagogie du projet et diverses autres choses. Or, aujourd’hui le discours que tiennent tous les chefs d’établissement, tous les IPR – en tout cas tous ceux d’éco-gestion et une grande partie de ceux de SES – dans les ré-unions qu’ils tiennent sur la seconde, c’est : « ne faites pas de contenu, faites de l’animation, faites du travail de groupe, faites du projet, faites de l’informatique, évaluez les savoir-être, faire », et il y a même des chefs d’établissement qui disent aux collègues « vous ne devez pas évaluer les contenus puisque vous êtes un enseignement d’exploration ». Et rentrer dans cette logique, ce n’est pas faire de la résistance pédagogique, c’est s’inscrire dans le cours dominant de la politique du ministère de l’Education Nationale.

Rémi Jeannin (Professeur de SES, Vice-président de l’APSES) :

Je précise que l’APSES, explicitement dans son appel, s’oppose à l’appellation « enseignement d’exploration ». Pour nous, la finalité des SES ne peut pas être une finalité d’exploration, et donc juste un sur-vol à haute altitude. On a organisé cette demi journée avec un témoignage. Évidemment, on ne peut pas recevoir un panel représentatif d’anciens élèves de SES ; on a choisi un élève de ES qui représente une réussite, puisque Benjamin a été premier prix au Concours général de Sciences Économiques et Sociales en 2007, et il a poursuivi sur sa trajectoire en étant maintenant en deuxième année à l’École Normale Supérieure. Il va revenir dans son intervention sur l’apport d’un enseignement de Sciences Économiques et Sociales pour les élèves.

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