Etats Généraux des SES : interventions salle suite à l’intervention de Jean-Claude Val

Frédérique Houseaux :

Moi aussi je reprends la parole, je vais essayer de faire vite. Je voudrais juste, pour aller dans le sens de ce que vient de dire Jean-Claude, apporter aussi le témoignage de ma propre expérience. Pendant quatre ans j’ai été membre du jury de sociologie de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, j’ai aussi fait passer des colles de sociologie dans plusieurs khâgnes de lycées où il y a des B/L, et je dois dire qu’en tant que membre du jury, on voit une nette différence entre certains candidats qui ont une vraie connaissance du réel, de la réalité économique et sociale et d’autres beaucoup moins. Evidemment quand j’étais membre du jury je ne pouvais pas leur demander quel était leur bac mais en tant que colleuse j’ai pu le faire et je peux le faire. Et ça m’intéresse en général de leur demander par où ils sont passés et je me rends compte que, mal-gré deux ou trois années d’enseignement des SES en prépa B/L, persiste la visibilité du pli qui est pris au lycée, à travers l’enseignement des SES. C’est-à-dire qu’on pourrait penser qu’au bout de ces deux années d’enseignement de SES en prépa les différences sont gommées, ce n’est pas le cas. Je pense que c’est lié à des approches un peu différentes de l’enseignement des SES en prépa B/L et au lycée, il y a une vraie spécificité puisque vous avez des pro-grammes qui justement sont un peu l’intermédiaire entre ce qui se fait à l’Université et ce qui se fait au lycée avec un tronçonnage en partie de vos programmes, sociologie d’un côté, économie de l’autre et puis objets communs. Et donc il y a une vraie spécificité de ce qu’on apprend aux lycéens en SES et je pense que c’est cette capacité à comprendre l’imbrication des dimensions économiques et sociales de la réalité dans laquelle ils vivent le monde actuel. Et c’est pour ça que moi je pense que quand on ne veut pas former des économistes ou des sociologues, c’est un enseignement de SES qu’on devrait donner. Et pour moi, et c’est pour ça que je disais à Pierre-Noël Giraud que vous aviez des ingénieurs des Mines, c’était très bien qu’ils aient plusieurs approches, je suis très contente que vous ayez précisé ça, parce que nous on a un enseignement citoyen de tronc commun qui devrait être apporté à tous les lycéens et peut-être même pas seule-ment aux Secondes mais au-delà, puisque tous les lycéens ne le suivent pas. Dans le supérieur, moi je pense même qu’on a des choses à dire concernant l’enseignement dans le supérieur. Ce n’est pas l’économie d’un côté, la sociologie de l’autre qui doivent contribuer à la formation des gens qui ne se destinent pas uniquement à ces deux matières.

Laurent Tarillon (professeur de SES, acadé-mie de Grenoble) :

Moi c’est juste une question. On parlait de transparence tout à l’heure. Serait-il possible d’avoir accès aux résultats de l’enquête dont vous parlez parce que moi j’ai envoyé deux fois des élèves en B/L au Parc à Lyon pour ne pas le citer et ça a été un échec total. Ils avaient pourtant 20 de moyenne en mathématiques en faisant l’option « mathématiques » dans mon lycée, ils ont eu 18 au bac et ils n’ont pas tenu parce que trop difficile en mathématiques et en décembre en général ils arrêtent. Donc si on peut avoir accès à des informations sur les filières B/L qui acceptent davantage de proportion de bacheliers ES cela nous serait très utile pour les conseiller, pour pouvoir dire ben voilà si vous faites ES il vaut peut-être mieux demander Strasbourg, maintenant que je le sais. [Rires] Non, non, mais c’est clair je suis très très,… ben ça m’a désolé que ces élèves là aient arrêté, … bon ils ont pu rebondir etc. Mais cela me paraît important que toute la communauté citoyenne sache qu’il y a des B/L qui acceptent des élèves de ES plus facilement que d’autres.

Jean-Claude Val :

Alors très rapidement, tout le monde le sait dans la salle y compris en passant par le site de l’APSES, nous avons un site qui est extrêmement visité qui s’appelle prepabl. Concernant la publication de ces chiffres je ne peux pas vous répondre positivement tout de suite. Il faudra d’abord que je demande l’accord d’une part au bureau de l’APHKSES et puis éventuellement quand même sonder les collègues s’ils sont d’accord à ce que figure telle ou telle trace de stigmatisation. Mais ce que je m’engage à faire c’est éventuellement de présenter des cas d’établissements qui, sans les nommer, où on aura des répartitions différentes. Ce n’est absolument pas impossible. Ce que je tiens à dire tout de même c’est que j’ai donné les chiffres d’admission en hypokhâgne mais il est un fait que nous perdons beaucoup d’étudiants, et en particulier on perd beaucoup d’étudiants de ES, entre l’entrée en hypokhâgne et l’entrée en khâgne. Et on les perd très sou-vent à la fin de l’hypokhâgne ou si vous préférez il ne viennent pas à l’entrée en khâgne, et c’est pas du tout négatif, c’est parce que ce sont de très bons élèves de ES qui se sont servis d’hypokhâgne B/L pour faire quoi – Louis Chauvel le sait très bien – pour intégrer Science Po. Et ça donne ensuite d’excellents étudiants à Science Po. Certains nous reviennent même après une année de Science Po parce qu’ils regrettent l’ambiance B/L, ça nous arrive aussi.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales