Etats Généraux des SES : interventions salle suite à l’intervention de Arthur Jatteau

Vianney Debeir (professeur de SES, académie de Versailles) :

Ce matin, j’ai eu l’impression que les SES préparaient aux classes prépa, aux IEP et quand je regarde le programme de 1ère qui a été publié, j’ai l’impression que c’est un très bon programme de préparation aux classes prépas. Or dans mes classes, comme pour beaucoup d’entre nous, des élèves s’orientent en BTS, en DUT, en concours d’infirmier, d’éducateur. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Si on est dans une optique de préparation élitiste, du type classe prépa, je ferme la série dans mon lycée et ça va se passer dans beaucoup de lycée. Quelle est la finalité des SES ? Par rapport à ce qui a été dit aujourd’hui, dans mon lycée, c’est la fin des SES.

Dominique Auvigne (professeur de SES, académie de Créteil) :

C’est aussi l’impression que j’ai. En tant qu’enseignant dans l’académie de Créteil, on voit bien que les SES ne forment pas qu’aux classes préparatoires. Le nouveau programme n’est pas adapté au public de mon lycée.

Un intervenant dans la salle :

Ce que dit Arthur Jatteau à propos des sciences économi-ques dans le supérieur, on pourrait le dire pour la sociologie. J’ai l’impression que, tout à coup, on ne parle plus que des économistes, pas des SES. J’ai enseigné de bac - 3 à bac + 4 et j’ai trouve cela plutôt intéressant. La ques-tion qui se pose, c’est : est-ce qu’on critique l’enseignement ou les enseignants ? En socio-logie, on n’est pas forcément très bon dans le supérieur, et je n’ai pas forcément doté mes étudiants des armes pour répondre à ce type de questions sur le chômage. Donc, j’attends avec impatience la création d’une association d’étudiants pour un autre enseignement de la sociologie dans le supérieur

Rémi Jeannin (Professeur de SES, Vice-président de l’APSES) :

Le programme de première est un décalque, dans sa structure, du pro-gramme de B/L tel qu’il a été conçu il y a quelques années, avec une partie économie, une partie sociologie et ensuite des regards croisés. On voit que l’inspiration, on sait d’où elle vient. La vraie question, qu’il faudra qu’on se pose cet après-midi, est de savoir si c’est adapté au public des élèves de première, ce qu’on fait avec des élèves de B/L, qui ont un recrutement très particulier : ce sont les meilleurs élèves de ES et les très bons élèves de S. Ils ont aussi un recrutement social particulier. Est-ce que c’est adapté, d’avoir les mêmes principes de programme dans le supérieur et dans le secondaire ? Chaque niveau d’enseignement à sa spécificité. Les programmes d’une discipline scolaire ne sont pas les programmes d’une discipline universitaire. On doit discuter, évidemment, avec nos collègues de l’enseignement supérieur, qui ont des finalités qui leur sont propres : nous ne cherchons pas à former des économistes, ni des sociologues ou des politistes. Tous les étudiants qui font une licence d’économie ne vont pas devenir des économistes professionnels : ils vont avoir d’autres métiers également, et j’imagine bien que cette réflexion-là, elle doit avoir lieu dans toutes les UFR. On a une spécificité en lycée qui peut justifier des programmes différents. Notre finalité en lycée est de former des élèves qui iront en IUT, en BTS, en droit… qui ont besoin d’une culture générale, et une spécialisation trop précoce serait néfaste pour leur lien avec l’enseignement supérieur, sans parler, bien sûr, de ce qu’il y a après l’enseignement supérieur.

Jean-Claude Val (Professeur de SES en prépa BL, intervenant) :

Je voudrais répondre aux deux interventions, de Rémi Jeannin et du collègue de lycée. Je me présente pour ceux qui n’étaient pas là ce matin : je suis Jean-Claude Val et je suis intervenu ce matin en tant que professeur en classe de B/L Je reçois tout à fait et sans aucune ré-serve, ce que vient de dire le collègue. En tout état de cause, ce n’est pas à la demande des professeurs de B/L que le programme de lycée a adopté sa structure, loin s’en faut. Qu’il puisse y avoir l’un ou l’autre individu qui ait agi dans ce sens-là c’est possible, [rires] mais ce n’est en tout cas pas du tout l’avis unanime des professeurs de B/L. Donc je ne retords pas dans un sens, je tords dans les deux sens pour que les choses soient claires. Nous sommes, en tant que professeurs de B/L, mais il en va de même – j’en vois dans la salle – en tant que professeur en voie ECE, comme on le disait ce matin, et Frédérique Houseaux avait tout à fait raison de le dire, on a cette chance, on a presque ce privilège de se trouver à la charnière entre l’enseignement du second degré et l’enseignement supérieur. C’est un peu comme si on était autrefois une propédeutique au pas-sage de l’enseignement supérieur. Ce qui fait que l’on peut se payer le luxe de faire une par-tie spécialité économique, une partie spécialité sociologique. Et tous les participants le savent bien, les étudiants que nous formons arrivent avec un bagage assez solide sur le plan théorique et sur le plan de la connaissance des textes parce que nous avons ce privilège de disposer de 4 heures + 2 heures de spécialité, ce qui fait 6 heures par semaine. Ce n’est pas les 25 heures du collègue de Mines qui essaie de montrer aux étudiants de Mines que l’on peut faire de l’économie critique etc. Donc on dispose de ce confort qui est très, très, très important, ce qui nous permet de rentrer dans les textes, par exemple nous avons Keynes au programme. On ne doit pas étudier Keynes pour lui-même mais pour l’apport de l’analyse de Keynes à l’abord de certains concepts. Ce qui fait qu’avec mes étudiants, je lis la Théorie générale dans le texte – pas tout, mais en partie, donc ils sortent en principe avec une bonne connaissance de la chose. Il est évident que ce n’est pas possible de faire la même chose avec des élèves de lycée. D’une part pour des raisons d’horaires, et d’autre part parce que le gros travail – et c’est nous ce que nous reconnaissons, en tant que prof de B/L –, le gros travail que vous faites, c’est que vous leur donnez de l’appétit, vous leur donnez de l’intérêt pour l’analyse des phénomènes économiques, sociaux, historiques et politiques complexes. Je ne suis pas certain – je le pose en tant que question – que l’hyper-spécialisation vers le bas attire beaucoup plus d’individus hyper spécialisés vers le haut. Si-non, les facultés de sciences économiques crouleraient sous la demande.

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