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Compte-rendu de l’entrevue du 13 novembre avec Marc Montoussé, Doyen de l’inspection générale de SES

Compte rendu de la rencontre entre Marc Montoussé, Doyen de l’inspection générale des SES

et les représentants du bureau national de l’APSES (Marjorie Galy, Erwan Le Nader, Amélie Jeammet et Igor Martinache, membres du Bureau national)

Note : ce compte-rendu a été soumis à Marc Montoussé, qui l’a trouvé fidèle à nos échanges.

Paris, mardi 13 novembre 2012, entre 16h et 18h30

Par la voix de sa présidente, l’APSES a d’abord justifié sa demande d’entrevue afin de restaurer un dialogue régulier avec l’inspection. Le doyen a confirmé la nécessité de tels contacts, quels que soient les désaccords qui puissent s’exprimer.

L’APSES avait notifié au préalable trois points sur lesquels elle souhaitait interroger les positions de l’inspection :

- La situation en classe de 2nde (structures, statut d’enseignement d’exploration) et programmes
- les nouveaux programmes de Première et Terminale
- les nouvelles épreuves de baccalauréat

1. Situation en seconde

M Montoussé s’est déclaré défavorable à la fusion entre SES et PFEG en 2nde car il s’agit de deux disciplines bien distinctes d’une part, et que, d’autre part, pour des raisons pratiques - 1h30 hebdomadaire-, Il est difficile de faire découvrir aux élèves le management en plus de l’économie et de la sociologie. Il a précisé avoir participé à la proposition du nouvel enseignement de « Connaissance du monde économique » : une fois parue la circulaire de rentrée (circulaire du précédent Ministre) incitant à expérimenter la fusion SES/PFEG, il semblait en effet préférable de cadrer les choses afin d’empêcher des expérimentations « sauvages ». Compte tenu du fait que ladite circulaire de rentrée n’a pas été abrogée, « on ne peut s’y opposer » mais l’inspection générale rappelle qu’il existe des conditions à respecter pour que l’expérimentation soit possible (avis du conseil pédagogique, vote en CA et décision des autorités académiques après avis, si possible, des IA-IPR concernés). S’agissant de la situation actuelle en classe de seconde, le doyen a reconnu qu’elle était difficile. Les SES présentent selon lui le statut d’un enseignement intermédiaire, en ayant la dénomination d’enseignement exploratoire tout en constituant un enseignement « notionnel », pratiquement obligatoire. La seconde difficulté réside selon lui dans le fait que seulement 20 % des élèves aient finalement choisi les PFEG en 2nde jusqu’à présent, contre 80 % pour les SES. La situation aurait été bien moins problématique si la répartition avait été moins déséquilibrée. M. Montoussé a affirmé, qu’à sa connaissance, aucun projet de fusion avec les PFEG n’était envisagé.

L’APSES a précisé qu’une enquête lancée auprès de plus de 500 collègues montrait que le plus souvent, environ 5 chapitres étaient véritablement traités en seconde. Il conviendrait d’en faire à nouveau le bilan, et particulièrement le bilan des apprentissages réalisés par les élèves.

S’agissant de la lourdeur du programme en seconde, et en particulier du nombre trop important de thèmes à traiter, le doyen a déclaré prendre note de la position de l’APSES sur le sujet.

Quant à la question de la notation, le doyen a rappelé qu’il existait deux libertés pédagogiques : une individuelle et l’autre collective. Autrement dit, il existe des conseils pédagogiques au sein des établissements qui doivent donner leur avis sur ce sujet. L’APSES a répondu que lesdits conseils pédagogiques n’ont qu’un avis consultatif, et que les conseils d’administration étaient rarement interrogés sur le sujet, dans la pratique, il revient souvent aux seuls chefs d’établissement de se prononcer sur la possibilité ou non pour les enseignants de noter en enseignement d’exploration et donc en SES en 2nde, voire de participer au conseil de classe. Le doyen a répondu qu’il « cro[yait] au conseil pédagogique et à son importance », tout en précisant qu’à sa connaissance aucun IPR de SES n’avait donné de consignes en la matière s’agissant d’interdire la notation sans que cela n’ait été imposé par un recteur. Il a expliqué ensuite qu’un IPR ne peut s’opposer à une décision de recteur sans commettre une faute professionnelle.

Il a enfin évoqué l’existence de bilans effectués régulièrement par l’inspection générale sur la mise en œuvre des programmes (notamment celui de seconde) mais qui ne sont pas publics. Le doyen a cependant rappelé qu’allait être mis en place un conseil supérieur des programmes dont on ne connaît pas encore le fonctionnement exact.

2. Programmes de première et de terminale

a- Première

S’appuyant sur le bilan des inspections réalisées par les IPR sur la mise en œuvre du nouveau programme de première (un total de pratiquement un millier d’inspections sont effectuées, mais pas toutes en classe de première, y compris les inspections de titularisation) pour l’année écoulée, M. Montoussé a admis que de nombreux collègues trouvaient effectivement le programme trop lourd et que certains ne l’avaient pas terminé. Il a toutefois précisé que d’autres professeurs ont traité dans des conditions satisfaisantes le programme dans sa totalité et que de telles difficultés sont fréquentes lors de la première année de mise en œuvre d’un programme. Il a déclaré ne pas vouloir conclure dans la « précipitation », et qu’une deuxième année de mise en œuvre était nécessaire avant de considérer que le programme est effectivement trop lourd. Il a ajouté qu’il trouvait que ce programme est un très bon programme ambitieux. Il a également affirmé que si le conseil supérieur des programmes lui demandait son avis, il était prêt à réfléchir à éventuel un allègement du programme.

L’APSES a évoqué SESâme. Le doyen a précisé que le respect du programme impose que chacune des 33 questions soit traitée dans sa totalité. L’APSES ayant affirmé que chacune de ces questions était reprise dans SESâme, le doyen a dit qu’il ne pouvait pas émettre d’avis sur sa conformité ou non au programme, car il ne le connaissait pas. Il a rappelé que c’est surtout la 1ère et la 3ème colonne (les questions et les IC) qui font le programme. L’APSES a précisé que SESâme permettait de couvrir l’intégralité du programme en lui redonnant une cohérence intellectuelle grâce à une approche thématique plus à même de donner du sens et de susciter l’intérêt des élèves.

Le doyen a réaffirmé son attachement à la partie introductive consacrée aux « grandes questions que se posent les économistes », contestées par l’APSES pour leur caractère trop abstrait et cloisonné à ce stade de l’année. L’APSES a rappelé qu’il ne s’agissait pas de « grandes questions » mais d’outils. Pour le Doyen, les SES sont « de l’économie, de la sociologie, des sciences politiques – sans s’interdire parfois de les croiser ». L’APSES a rappelé qu’entrer par des thématiques de société permettait de réduire le programme sans sacrifier la rigueur, le preuve étant que SESâme ne comporte « que » 15 chapitres qui permettent de traiter les 33 questions du programme officiel. Nous avons ainsi rappelé que l’opposition des adhérents de l’APSES au cloisonnement était motivé par des raisons pédagogiques : l’entrée par les objets est également un moyen de mettre en évidence la spécificité de chacune des disciplines académiques composant les SES (à l’image du chapitre 1 du programme de seconde sur la consommation qui fait se succéder la vision économique puis la vision sociologique), avec l’avantage d’être pédagogiquement la plus efficace (fait sens et accroît la motivation intellectuelle des élèves) tout en permettant de réduire l’encyclopédisme. Le doyen a pour sa part rappelé son attachement à la séparation des disciplines en « moments » différents, en particulier pour ne pas créer de confusion dans l’esprit des élèves entre les disciplines.

b- Terminale

S’agissant ensuite des demandes d’allégement concernant le programme de terminale, l’APSES a rappelé qu’elle avait porté cette demande bien avant la rentrée scolaire. La solution qu’elle propose aujourd’hui, voté lors du comité directeur du 21 octobre 2012, a rencontré un très fort assentiment des collègues : la consultation demandant quels chapitres alléger a reçu 1.000 réponses en moins de 5 jours.

Monsieur Montoussé a rappelé que la décision d’allègement relevait de la compétence du Ministre. Il a exprimé que l’avis de l’Inspection Générale était très défavorable à un allègement pour les trois raisons suivantes :
- l’allègement du programme de terminale lui semble inutile car le programme de terminale ne lui semble pas particulièrement lourd et notamment pas plus lourd que le précédent programme, ce qui serait confirmé par les inspections réalisées en classe de terminale depuis le début de l’année,
- l’allègement de chapitres en cours d’année est problématique pour les collègues qui auront déjà traité avec leurs élèves un ou plusieurs des chapitres en question. Certains élèves ou parents pourraient même protester si le programme devait être allégé,
- le processus de rédaction des sujets de bac est bien avancé, il ne serait pas possible de modifier les sujets.

L’APSES a alors expliqué :
- que le nouveau programme de terminale est plus volumineux que le précédent programme de terminale qui était déjà dénoncé pour sa lourdeur, y compris dans le rapport Guesnerie ; nous avions 6h pour traiter l’ancien programme, avec la réforme du lycée, nous n’avons plus que 5h ; les nouvelles épreuves renforçant la contrainte encyclopédique du programme.
- que la demande d’allègement d’urgence ne visait pas à supprimer 3 chapitres du programme, mais à retirer de l’évaluable au baccalauréat trois chapitres. En conséquence, le programme resterait inchangé, mais permettrait aux enseignants de traiter en classe plus rapidement les chapitres non évalués qu’ils n’auront pas encore traités et ainsi de pouvoir passer plus de temps sur les chapitres évalués. Les témoignages des collègues indiquent clairement que les enseignants manquent cruellement de temps pour mettre en œuvre des pratiques pédagogiques diversifiées, tenir compte de tous les élèves, préparer les élèves aux méthodes des épreuves du baccalauréat, répondre aux questions des élèves et réaliser des exercices de remédiation. L’allègement sera aussi et surtout un allègement pour les révisions des élèves, qui, dans ces conditions, accueilleront plutôt la nouvelle avec soulagement. Nous avons rappelé que cette solution avait déjà été adoptée en cours d’année en sciences économiques et sociales il y a quelques années (pour le programme de spécialité en 2002, un des chapitres, consacré à Max Weber, avait été retiré du champ de l’évaluable au bac sans que cela ne pose problème), et qu’il s’agissait de la solution adoptée cette année-même en histoire-géographie en première S, prouvant la faisabilité de la chose.
- que si la demande d’allègement était acceptée, il faudrait effectivement prévoir les moyens de compléter les travaux des groupes chargés de la rédaction des sujets de baccalauréat, mais que cela était concrètement faisable dès lors que la décision d’alléger était prise rapidement.
- enfin, nous avons indiqué que, comme pour le programme de terminale précédent trop lourd, les collègues étaient contraints par le baccalauréat, et que, d’une manière ou d’une autre, ils « finiraient » le programme. Mais à quel prix ? Et qu’en est-il des élèves ? Auront-ils compris l’ensemble du programme ? Nous avons également rappelé que les collègues étaient contraints de renoncer à leur métier (i.e. à leurs pratiques pédagogiques) pour tenir le rythme moyen d’un chapitre tous les 15 jours. 15 jours c’est-à-dire seulement 10h de cours ! Renoncer à leur métier, c’est renoncer à mettre en œuvre des pédagogies diversifiées de crainte de prendre du retard, s’interdire de prendre le temps nécessaire pour que tous les élèves maîtrisent les méthodes du bac, renoncer à ralentir ou s’arrêter sur des parties de cours que des questions d’élèves révèlent comme « mal passées »…

Le doyen a répondu que le programme de terminale est un bon programme qui ne lui semblait pas particulièrement lourd. Il n’a toutefois pas exclu une réflexion sur d’éventuels ajustements à la marge qui ne mettraient pas en cause les fondements du programme et qu’il ne faudrait surtout pas mener dans la précipitation. Interrogé par l’APSES sur le sujet, le doyen a dit qu’il regrettait, comme l’APSES, le manque de possibilités de formation continue dans certaines académies.

3. Epreuves de baccalauréat

L’APSES s’est faite l’écho des inquiétudes nombreuses des collègues sur les nouvelles épreuves. Elle a demandé à ce que l’Inspection Générale puisse apporter des clarifications précises sur les nombreuses questions aujourd’hui sans réponses, et notamment que soient communiquées des attentes et/ou corrigés sur les sujets zéro. M Montoussé a déclaré ne pas souhaiter proposer un corrigé-type concernant les exemples de sujets « zéros » par le fait qu’il voulait éviter de créer des normes et de se substituer au travail des commissions d’harmonisation. L’APSES a déploré que cette position aboutisse de fait à laisser les collègues et les élèves dans l’inconnu cette année. M Montoussé a expliqué que se lançaient dans les académies des groupes de travail visant à préparer les attentes sur les nouvelles épreuves, l’APSES regrettant que cela soit bien trop tardif. M Montoussé a également communiqué à l’APSES la lettre envoyé aux IPR et à destination des collègues rappelant les principaux éléments encadrant les nouvelles épreuves.

Dissertation

M. Montoussé a expliqué que l’un des objectifs des nouvelles épreuves était d’éviter que les élèves n’ayant pas suivi l’enseignement de SES, ni travaillé leur cours, puissent malgré tout s’« en sortir » grâce à des documents résumant l’essentiel des cours concernés. L’APSES s’est déclarée favorable à ce que les documents ne soient pas des « résumés de cours », tout en indiquant le côté restrictif des documents « strictement factuels » se limitant quasi uniquement à des documents statistiques. L’APSES a également soulevé le fait que des documents strictement factuels et moins nombreux allaient rendre l’exercice de dissertation plus complexe pour les élèves, car les 6 documents dans la version précédente de la dissertation servaient d’indice pour problématiser et construire les sous-parties. M Montoussé a expliqué que tout le travail de construction du plan devait intervenir préalablement à l’examen des documents, ceux-ci étant à utiliser à titre essentiellement illustratif dans l’argumentation. Nous avons indiqué qu’il y avait là un changement des attentes de la dissertation et un accroissement de la difficulté qui risquait d’accroitre sa marginalisation dans le choix de sujet par les élèves le jour du bac.

M Montoussé a rappelé, conformément au BO, que les sujets « dans quelle mesure » n’étaient pas interdits tout en rappelant qu’ils seraient moins fréquents, comme c’était d’ailleurs le cas depuis quelques années. Selon lui, la systématisation de ce type de sujet ne permettraient pas une réelle problématisation des élèves, aboutissant à une réponse mécanique de l’élève sous forme de plan « oui, mais ». L’APSES a rappelé que ce type de plan était loin d’être mécanique et faisait l’objet d’un apprentissage long en classe, et précisé qu’il ne fallait pas confondre à son sens problématique et plan, le plan « oui, mais » ne dispensant pas de construire la problématique. Elle a expliqué également que des sujets de type analytiques étaient pour les élèves beaucoup plus ardus à problématiser.

Epreuve composée

- EC Partie 1

Le doyen a confirmé que, selon le texte officiel, les éléments présents uniquement dans les indications complémentaires (et pas dans les notions des thèmes, des deux premières colonnes et des acquis de première) pouvaient faire l’objet d’une question dans cette partie de l’épreuve composée. Une question, conforme aux indications complémentaires, et utilisant le terme de « destruction créatrice » dans cette partie d’épreuve (exemple donné par le Doyen) n’est donc pas exclue. Nous avons indiqué que cela démultipliait considérablement le programme et que cela donnait le sentiment que les nouvelles épreuves auraient été ainsi modifiées pour accroître la coercition des professeurs dans leur façon de lire et enseigner le programme, plutôt que pour répondre aux défauts des anciennes épreuves, défauts partagés assez unanimement par les collègues.

- EC Partie 2

M Montoussé a précisé qu’il s’agissait d’une question visant à évaluer des savoir-faire et non des savoirs. Il convient donc de bien lire les données, donc de bien les trier et hiérarchiser pour décrire un phénomène et non l’expliquer.

L’APSES en a conclu qu’il n’était pas possible qu’un texte figure parmi les documents à analyser compte tenu de la volonté explicite d’éviter la paraphrase et de la consigne consistant à « traiter sans expliquer » pour cette partie d’épreuve.

- EC Partie 3

M Montoussé a affirmé que la réponse des élèves dans cette partie pouvait comporter des nuances. L’APSES a précisé que les intitulés du type « Montrez que » n’étaient justement pas favorables à l’expression de nuances. Après étude du sujet zéro sur la mobilité sociale, l’APSES a affirmé que ce sujet ne permettait par exemple pas leur expression, l’élève devant se limiter à montrer comment les changements dans la structure professionnelle aboutissaient à de la mobilité structurelle.

L’APSES a rappelé la nécessité d’établir un bilan de la mise en œuvre de ces nouvelles épreuves dès cette année. L’inspection générale a déclaré vouloir mener un tel bilan. L’APSES en fera de même.

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