Hommage à Michel Crozier

L’APSES s’associe aux nombreux hommages à l’occasion du décès de Michel Crozier le 24 mai 2013, sociologue dont les travaux et concepts sont enseignés dans les cours de SES au lycée depuis de nombreuses années.

Michel Crozier fait partie des grands noms de la sociologie française. Né en 1922, il s’est fait connaître au début des années 1960 avec son livre Le phénomène bureaucratique (1964), une enquête de terrain effectuée dans un établissement de la Seita. Se démarquant des analyses classiques qui s’appuient sur la rationalité formelle des organisations modernes, Michel Crozier montre qu’il faut apporter une attention particulière à leur structure informelle et que les relations de pouvoir réelles ne correspondent pas forcément à ce que révèlent les organigrammes officiels. Ce travail renouvelle l’analyse du pouvoir à partir de la notion de « contrôle d’une zone d’incertitude » et celle de l’organisation bureaucratique, mettant en évidence non pas son efficacité à l’instar d’un Max Weber, mais ses dysfonctionnements ou cercles vicieux.

Cette réflexion est prolongée et étendue dans L’acteur et le système (1977), son maître ouvrage écrit avec Erhard Friedberg. L’analyse de l’acteur y est essentielle : un acteur en constante interaction avec les autres, un acteur stratège qui conserve des marges de liberté au sein de systèmes organisés. Cela le conduit à intégrer des outils conceptuels développés par des économistes comme le concept de rationalité limitée d’Herbert Simon et des raisonnements de théorie des jeux. Parti de l’analyse de l’organisation, il élargit ensuite sa réflexion à la société française dont il pointe les traits bureaucratiques à la racine de certains blocages, ce qui l’amène à préconiser davantage de modestie dans la conduite de l’action publique : La société bloquée (1970), On ne change pas la société par décret (1979), Etat modeste, Etat moderne (1987).

L’influence de Michel Crozier est profonde. Son travail a mis en valeur la fertilité des approches sociologiques dans l’analyse des organisations, des approches qui articulent enquête et réflexion théorique en intégrant les apports d’autres disciplines comme l’économie, la gestion, l’histoire. Cette influence se prolonge aujourd’hui dans ce champ de la recherche, notamment au sein du Centre de Sociologie des Organisations (Sc-Po / CNRS) qu’il a fondé en 1964.

Le Monde "Le sociologue Michel Crozier est mort"

Hommage du CSO

Sciences Humaines "Michel Crozier, l’homme des organisations"

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