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Compte rendu réunion APSES / BdF

Compte rendu réunion APSES / BdF

Note : ce compte rendu a été soumis à nos interlocuteurs avant diffusion. Ils l’ont trouvé fidèle à nos échanges.

Suite à la lettre ouverte adressée le 17 septembre au gouverneur de la Banque de France concernant la future cité de l’économie et de la monnaie (CEM), l’APSES a été reçue pendant 1h30 lundi 7 octobre par plusieurs responsables du projet[1].

L’APSES a précisé le contexte de sa demande d’entrevue : tribune de Gilles Raveaud et André Orléan dans le Monde, premiers retours de collègues ayant visité seuls ou avec leurs élèves l’exposition « Krach Boom Mue » à la cité des sciences. Si la qualité de certains éléments de l’exposition a été notée (notamment concernant les vidéos), l’APSES s’est déclarée déçue et a exprimé des inquiétudes concernant la future CEM. Une première critique a porté sur le manque de sens et de problématisation de l’exposition. A de nombreuses reprises, le visiteur peut se demander pourquoi tel ou tel élément de l’exposition lui a été présenté : pourquoi parler des externalités, pourquoi parler des problèmes de choix d’un menu, etc. L’APSES a préconisé que davantage de sens soit donné aux éléments de l’exposition (par exemple, montrer l’intérêt de la notion d’élasticité pour comprendre les enjeux d’une taxe carbone), et qu’un nombre limité de problématiques explicites soit délibérément choisi et explicité aux visiteurs.

L’APSES a également critiqué le fait que l’exposition soit davantage conçue comme une exposition sur la science économique plus qu’une exposition sur l’économie au sens large. Le fait de partir des outils des économistes plus que des questions auxquelles ils permettent de répondre va selon l’APSES à l’inverse de la démarche pédagogique qu’il conviendrait d’adopter. De manière plus générale, utiliser les seuls apports de l’économie pour expliquer les phénomènes économiques apparaît insuffisant. Cela apparaît notamment dans l’exposition à la cité des sciences sur le thème de la monnaie, qui reprend la fable du troc mais laisse de côté les explications plus pertinentes de l’anthropologie notamment, ou sur le thème du travail qui est présenté comme un simple marché. La future CEM s’enrichirait à convoquer les sciences sociales autres que l’économie lorsque nécessaire (par exemple sur le thème des entreprises et de la production – d’ailleurs assez absent de l’exposition Krach Boom Mue – de l’échange, etc.)

L’insuffisance de problématisation va de pair avec une faible place laissée aux débats et aux controverses, pourtant vives s’agissant de la sphère économique. Il devrait être possible d’enrichir les éléments actuels de l’exposition pour leur donner la place qu’ils méritent. Par exemple, le jeu d’achat et vente d’actions sur un marché boursier pourrait initier un questionnement sur l’efficacité de ce mode de financement de l’économie. Le jeu sur les dépenses et recettes de l’Etat devrait également être associé à une interrogation sur l’intervention des pouvoirs publics dans l’économie.

L’APSES s’est enquis de la manière dont serait présentée la politique monétaire dans la future CEM. Tout en présentant les mandats de l’institution, la future CEM devrait pouvoir présenter une diversité des points de vue relatifs aux objectifs et moyens de la politique monétaire.

L’équipe en charge du projet CEM a exprimé son intérêt de recueillir les avis d’enseignants. Elle a précisé que l’exposition Krach Boom Mue pouvait servir de test, de préfiguration au projet CEM, et que l’objectif était d’en tirer les leçons et de permettre des retours d’expérience. À ce titre, des enquêtes sur un public large, incluant des enseignants et des élèves, ont été effectuées par la cité des sciences et ont montré un bon degré de satisfaction. La superficie de la future CEM, plus du double de celle de l’exposition à la cité des sciences, permettra d’inclure plus d’éléments et donc d’explications (par exemple sur l’entreprise) et de facilités complémentaires (notamment par des conférences).

L’objectif du projet est de respecter le pluralisme en économie et de recourir autant que possible à la diversité des sciences sociales (sociologie, histoire, géopolitique, etc.). Les 6 blocs de la future CEM seront articulés logiquement avec des problématiques allant des « Échanges » et « Interdépendances » aux « Régulations », en passant par les « Marchés » et leurs « Instabilités », un dernier bloc étant consacré aux « Trésors ». Des « Débats » filmés, confrontant divers points de vue seront actualisés régulièrement dans les cinq premiers blocs, y compris s’agissant de la politique monétaire. La présence d’animateurs autour des éléments d’exposition permettra de problématiser les parcours et de mieux accompagner les visiteurs. C’est aussi l’objectif des ateliers pédagogiques qui seront proposés dans la future CEM. Comme cette dernière ne pourra pas tout couvrir, l’équipe du projet CEM fait confiance aux enseignants pour qu’ils préparent en amont et exploitent en aval la visite qu’ils auront effectuée avec leurs élèves. D’ores et déjà, de nombreux compléments sont proposés sur le site Internet de la CEM.

L’équipe du projet CEM a affirmé son intention de poursuivre le dialogue avec les différents partenaires du projet, notamment les enseignants. Elle a proposé à l’APSES de faire un nouveau point d’étape l’an prochain, une fois que le bilan complet de l’exposition à la cité des sciences aura pu être tiré, sans qu’il soit besoin pour autant de publier une lettre ouverte.

[1] L’équipe en charge du projet CEM était représentée par Marc-Olivier Strauss-Kahn, directeur général, Christian Durand, adjoint au directeur général, Gérard Kremer, directeur du projet CEM, Jean-Yves Greuet, adjoint au directeur du projet et Philippe Bonzom, conseiller du directeur du projet. L’APSES était représentée par Majorie Galy, présidente, Erwan Le Nader, vice-président, et Patricia Morini, co-secrétaire générale.

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