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"Nous avons subi des changements de programmes en SES, à la fois radicaux, brutaux et sans concertation" (Revue de presse)

VousNousIls 17.01.2014


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Qu’en est-il des sciences écono­miques et sociales aujourd’hui ?

Erwan Le Nader, vice-président de l’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales et ensei­gnant de SES à Créteil nous pré­sente l’APSES et nous livre sa vision sur cette discipline.

Pouvez-vous pré­sen­ter les sciences écono­miques et sociales et l’APSES ?

Les sciences écono­miques et sociales dans le pay­sage fran­çais sont ins­tal­lées au lycée. C’est une matière prin­ci­pale pro­po­sée dans la série ES en pre­mière et en ter­mi­nale. Quant à la seconde, les sciences écono­miques et sociales sont pro­po­sées comme ensei­gne­ment d’exploration (90 minutes par semaine) choisi par près de 85% des élèves.

L’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales a été créée dans les années 70, très peu de temps après la créa­tion de la dis­ci­pline, datant des années 60. En France, il y a plus de 5000 pro­fes­seurs de sciences écono­miques et sociales dont 1400 sont membres de l’association. Nous avons un très haut taux d’adhésion. Ainsi, cette asso­cia­tion fait par­tie des plus repré­sen­ta­tives en tant qu’association de spécialistes.

En mai der­nier, l’association a adressé une lettre ouverte au ministre de l’Education natio­nale pour que les sciences écono­miques et sociales deviennent obli­ga­toires dès la Seconde. Qu’en est-il de cette demande ?

On a effec­ti­ve­ment fait plu­sieurs demandes. Nous consi­dé­rons que les sciences écono­miques et sociales ( qui asso­cient écono­mie, socio­lo­gie, science poli­tique notam­ment) doivent faire par­tie de la culture com­mune de tous les élèves. Nous étudions des ques­tions qui sont essen­tielles pour les citoyens d’aujourd’hui et de demain.

Cette matière aide les lycéens à mieux com­prendre l’actualité et à trou­ver des réponses à leurs inter­ro­ga­tions. En par­ti­cu­lier lorsqu’il y a des débats sur la poli­tique fis­cale, la poli­tique euro­péenne, la ques­tion des retraites, la pro­tec­tion sociale... Les élèves d’aujourd’hui font égale­ment face à des ques­tions où la socio­lo­gie apporte un éclai­rage encore plus par­ti­cu­lier : les liens de parenté, le mariage, les inéga­li­tés femmes-hommes... Vu les enjeux, il est vrai­ment dom­mage que les sciences sociales aient une place si peu impor­tante au lycée !

Nous consi­dé­rons qu’en classe de seconde, tous les lycéens devraient pou­voir béné­fi­cier d’un ensei­gne­ment obli­ga­toire de SES et dans des condi­tions d’apprentissage qui soient meilleures qu’aujourd’hui. Actuellement, ils n’ont que 90 minutes par semaine et le plus sou­vent en classe entière. Il faut être plus ambi­tieux pour la for­ma­tion et la culture géné­rale des lycéens !

Cette dis­ci­pline a donc pour objec­tif de trans­mettre aux lycéens une meilleure culture géné­rale et connais­sance de l’entreprise ?

Dans la culture géné­rale, il y a natu­rel­le­ment la connais­sance de l’entreprise. Mais plus lar­ge­ment, la connais­sance des diverses orga­ni­sa­tions pro­duc­tives jusqu’à l’ensemble du sys­tème économique. La ques­tion d’une meilleure com­pré­hen­sion des entre­prises doit au lycée, dans l’optique de cette for­ma­tion, à une meilleure culture générale. Il ne faut pas confondre notre ensei­gne­ment avec une pré­pro­fes­sion­na­li­sa­tion, mais pour autant nous pen­sons ainsi aider nos élèves à mieux pré­pa­rer leur future inser­tion professionnelle.

Que pensez-vous des chan­ge­ments qui ont tou­ché la filière ES au bac­ca­lau­réat 2013 ?

Nous fai­sons par­tie des dis­ci­plines qui ont été très tou­chées par des chan­ge­ments de pro­grammes, à la fois radi­caux, bru­taux et sans concer­ta­tion. La sup­pres­sion de la spé­cia­lité langue est vrai­ment dom­ma­geable pour la série ES. L’an der­nier, nous avons réussi à avoir quelques allè­ge­ments au niveau des pro­grammes ency­clo­pé­diques, bien que cela semble insuf­fi­sant. Il y a égale­ment un recul des débats, que ce soit pen­dant les épreuves du bac­ca­lau­réat ou dans la concep­tion même des pro­grammes. De plus, chaque établi­se­ment décide indi­vi­duel­le­ment du dédou­ble­ment des classes ce qui peut engen­drer des pro­blèmes très concrets d’inégalité. Par ailleurs, nous assis­tons à un cloi­son­ne­ment dis­ci­pli­naire trop strict entre l’économie d’un côté et les sciences sociales de l’autre. Il fau­drait aller vers plus de lien entre les dis­ci­plines et par­tir des grands enjeux écono­miques et sociaux contem­po­rains plu­tôt que de pré­ten­dus "fon­da­men­taux". C’est ainsi que l’on motive les élèves, que l’on sus­cite le goût de com­prendre et d’apprendre.

Y a-t-il tou­jours autant d’élèves inté­res­sés par les sciences écono­miques et sociales au lycée ?

Oui. On peut le consta­ter notam­ment en seconde. A ce niveau-là, cette matière est un ensei­gne­ment d’exploration avec au choix l’économie ou l’économie-gestion. Nous sommes choi­sis par 85% des élèves. Notre dis­ci­pline inté­resse : l’attractivité de la série ES, depuis sa créa­tion n’a pas cessé de pro­gres­ser. D’ailleurs, diverses études y com­pris celles com­man­di­tées par le minis­tère le prouvent. Cette matière non seule­ment attire mais per­met d’avoir des connais­sances sur divers sujets d’actualité qui pour­ront ser­vir pour leurs études supé­rieures. Aujourd’hui nous sommes la deuxième série du bac­ca­lau­réat juste der­rière les scien­ti­fiques. Nous regrou­pons 1/3 des bache­liers généraux.

Après une ter­mi­nale écono­mique, les élèves ont-ils ten­dance à conti­nuer leur cur­sus dans ce même domaine ?

Oui. On a des sta­tis­tiques pré­cises à ce sujet. L’économie ne consti­tue qu’un élément des pro­grammes de SES, matière qui elle-même n’est qu’une com­po­sante d’une série géné­ra­liste et plus de la moi­tié de nos bache­liers s’orientent dans une for­ma­tion où l’économie a une part impor­tante. Ils peuvent se diri­ger vers des facul­tés, des IUT, des BTS en lien avec l’économie mais aussi des classes pré­pa­ra­toires ou des ins­ti­tuts d’études poli­tiques... Si nous fai­sons un pano­rama de ces dif­fé­rentes for­ma­tions, on voit clai­re­ment que les bache­liers issus de la série ES s’orientent vers des for­ma­tions en lien fort avec l’économie. Sans comp­ter ceux qui font his­toire ou droit ! Ces der­niers, béné­fi­cient égale­ment de tout l’apport qu’ils ont eu durant la série ES car ce sont des domaines qui, sans être iden­tiques, sont liés.

Fériel Boudjelal

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