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Compte rendu de l’entrevue avec le cabinet du ministère et la Dgesco du 26 mai 2014

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L’APSES, représentée par Marjorie Galy, Erwan Le Nader, Stany Grelet et Patricia Morini, a été reçue le 26/05/14 par Agathe Cagé, conseillère au cabinet du ministère, Isabelle Robin, Chef de bureau des formations générales et technologiques à la Dgesco et Pierre Seban, chef du bureau des contenus d’enseignement et des ressources pédagogiques. La rencontre, cordiale, a duré plus d’une heure .

Madame Cagé nous informe que le précédent ministre, Vincent Peillon, souhaitait qu’elle nous reçoive. Benoit Hamon s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur et c’est à ce titre qu’elle nous reçoit.

1. Programmes et épreuves du baccalauréat

Le premier point abordé a porté sur les programmes et les épreuves du baccalauréat :

l’APSES rappelle que Vincent Peillon s’était engagé publiquement à revoir au plus vite les programmes de SES. Si le Conseil Supérieur des Programmes (CSP), qui nous a reçu le 6/02/2014, a bien entendu le sens de nos demandes, son calendrier de travail tel que repris dans la lettre de rentrée se concentre sur la scolarité obligatoire, laissant de côté le lycée. L’APSES a rappelé qu’elle avait salué par communiqué de presse la nouvelle charte des programmes du CSP, mais a exprimé sa crainte qu’elle s’applique trop tardivement pour le lycée en général et les SES en particulier. L’APSES a donc demandé que soit entamé un travail de bilan des programmes et épreuves dès cette année. Elle s’est donc proposée à participer à titre expérimental à la conduite d’un bilan des programmes et épreuves puisque cet exercice n’a pour l’essentiel jamais été véritablement entrepris en France, quelle que soit la discipline scolaire.

Madame Cagé a rappelé le cadre de travail du CSP et la nécessité qu’il y avait à repenser les programmes dans un temps long. Le CSP souhaitant à l’avenir des programmes moins prescriptifs, à charge à la DGESCO de fournir des recommandations pédagogiques pour leur application par les professeurs. Elle a demandé si nous avons déjà effectué nos propres bilans. Nous lui répondons par l’affirmative et nous l’informons que nous avons produit d’une part deux notes pour le CSP et d’autre part 4 bilans (fondés sur des enquêtes) des programmes et épreuves que nous transmettrons au cabinet et à la DGESCO.

Des précisions sur l’épreuve composée ont été demandées. L’APSES précise que les enquêtes réalisées ont couplé épreuves et programmes. Une note analysant tous les sujets de la session 2013 a été envoyée à M. Boissinot. Même si le recul n’est pas encore suffisant sur les nouvelles épreuves de baccalauréat, l’épreuve composée, majoritairement choisie par les candidats, pose un certain nombre de problèmes. Les deux premières questions (EC1) sur 6 points induisent un bachotage intense compte tenu de l’encyclopédisme des programmes. L’APSES préfèrerait des questions qui permettent aux élèves d’utiliser leurs connaissances plutôt qu’une simple restitution de cours. Or, changer l’EC1 permettrait de changer la façon de faire cours. L’EC3, épreuve sur 10 points, exclut d’après le BO les questions qui impliquent des réponses sous forme de débat, les sujets sont donc assez analytiques, difficiles pour les élèves et moins formateurs d’un point de vue citoyen. Pour certains sujets qui le nécessiteraient, ils posent en outre un redoutable problème d’impossibilité de nuancer, ce qui avait d’ailleurs valu l’ire de Pierre Gattaz à propos du sujet du bac 2013 .

Mme Cagé demande si le fait que la dissertation permette les débats ne suffit pas à ce que ces derniers puissent toujours être au centre des activités en cours. Nous précisons que les débats peuvent naturellement être présents en cours, mais que la nouvelle épreuve composée tend malgré tout à les faire reculer. Concernant le calendrier de travail du CSP, Madame Cagé nous explique que le ministère attend les conclusions de l’Inspection générale qui assure le suivi de la mise en œuvre de la réforme du lycée. En l’état, le calendrier fixé (fin des commandes en 2015) et publié dans la lettre de rentrée n’inclut pas le lycée, mais dans l’hypothèse où une évaluation des programmes et épreuves du lycée serait effectuée, le cabinet a noté que les SES étaient volontaires pour participer à une expérimentation. Madame Robin est aussi intéressée par nos réflexions sur l’évaluation et le bilan des programmes qu’elle nous demande de lui transmettre.

2. Situation en seconde

Le deuxième point abordé a porté sur l’Enseignement d’Exploration en seconde.

L’APSES a rappelé que les professeurs de SES vivent très mal les conditions pédagogiques pénibles issues de la réforme Chatel : le statut d’enseignement d’exploration, un horaire faible, des dédoublements aléatoires selon les établissements (60% des EE/SES se font en classe entière) ont fragilisé la relation pédagogique, réduit la possibilité d’initier véritablement aux sciences sociales, produit des difficultés de gestion de classe même pour les enseignants plus aguerris et, souvent, engendré une situation de véritable souffrance professionnelle.

En attendant une modification du statut et de l’horaire de l’enseignement des SES en seconde, l’APSES a demandé à ce qu’un texte garantisse la possibilité de groupes à effectifs réduits pour les enseignements d’exploration et que la contrainte des 8 chapitres sur le programme de seconde, incompatible avec l’horaire et le statut d’enseignement d’exploration, soit relâchée, dans l’attente que les SES soient intégrées au tronc commun : l’APSES a demandé que seules 4 à 5 questions – le volume effectivement traité par la majorité des enseignants, selon nos enquêtes – soient requises au lieu de 8 actuellement (ce qui pourrait être acté par une note de l’Inspection et/ou de la Dgesco). Les conditions actuelles ne permettent pas de faire vivre la pluridisciplinarité, propre aux EE, et le temps alloué à cet EE ne permet pas de préparer les élèves, s’orientant en série ES, dans des conditions optimales. D’autant qu’on a perdu en cohérence dans l’articulation des trois niveaux, avec un « saut » particulièrement difficile entre la seconde et le programme de première, difficile, lourd et technique.

Mme Cagé, Mme Robin et M. Seban ont pris note de cette demande.

3. Enseignements de spécialité

Mme Cagé a souhaité connaître le point de vue de l’APSES sur les enseignements de spécialité.

Nous lui avons fait part du déclin des deux spécialités (sciences sociales et politiques –SSP – et économie approfondie – EA), moins choisies que la spécialité maths plus attractive pour les élèves (trois chapitres seulement, des notes plus élevées au baccalauréat, une épreuve de SES 4h contre 5h en spécialité SSP ou EA) et qui conduit de surcroît à désavantager les meilleurs élèves de ES souhaitant s’orientant en CPGE, puisque le contenu de la spécialité maths est plus faible qu’auparavant. Même si les programmes permettent d’aborder des questions intéressantes, l’EA ne trouve que difficilement son public, et en SSP, le programme repose sur une présupposée culture historico-politique que la plupart des élèves n’ont pas. Paradoxalement, les spécialités ne préparent pas mieux qu’avant à l’enseignement supérieur. L’APSES porte la demande d’un seul enseignement de spécialité en SES, qui pourrait par exemple être axé sur les méthodes en sciences sociales (type TPE), le rétablissement de la spécialité langue (essentielle pour de nombreuses formations du supérieur pour des bacheliers ES) et une spécialité mathématiques plus exigeante.

4. Concours

Le dernier point abordé a porté sur les concours. L’APSES s’est inquiétée de la situation constatée à la session exceptionnelle du CAPES où 15 postes n’ont pas été pourvus. Parallèlement, une soixantaine d’admissibles à la session 2014 du CAPES ont déjà été admis à la session exceptionnelle. Dans un contexte où les SES sont une des disciplines qui comprend le plus de non titulaires (9% dans le public, 20% dans le privé), l’APSES a rappelé la nécessité, à terme, d’augmenter le nombre de place aux concours, et que, dans l’immédiat, tous les postes budgétés soient effectivement pourvus. L’APSES a donc demandé que soient ouvertes des listes complémentaires pour les concours actuels.

Par ailleurs, l’APSES a attiré l’attention du ministère sur le fait que des formateurs en Espé sont également membres de jury, ce qui est une atteinte au principe d’équité entre les candidats selon leur lieu de formation. Le cabinet a pris note de ces différents points.

[1] Ce compte-rendu d’entretien a été transmis préalablement à nos interlocuteurs, qui l’ont trouvé conforme à nos échanges.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales