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Renflouer les urnes par un bourrage de crâne ? Le scandale du bac ES (Revue de presse)

19 juin 2014


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Renflouer les urnes par un bourrage de crâne ? Le scandale du bac ES

Francis Daspe | Président de la Commission nationale éducation du Parti de Gauche

La laïcité ne se limite pas à la question des relations entre l’Etat et les Églises. Elle stipule la neutralité de la puissance publique vis-à-vis des dogmes, idéologies et philosophies de toutes sortes.

La première partie du sujet de Sciences économiques et sociales du baccalauréat de ce jeudi 19 juin en offre une illustration édifiante. Ou plutôt un contre-exemple extrêmement préoccupant.

Dans la partie « Mobilisation des connaissances », les deux questions posées contreviennent de manière scandaleuse aux principes républicains les plus élémentaires en raison de leur orientation idéologique.

Il est d’abord demandé aux élèves d’expliquer « comment la flexibilité du marché du travail peut-elle réduire le chômage ».

Ils doivent ensuite décrire « à quels risques économiques peuvent s’exposer les pays qui mènent une politique protectionniste ».

Ces intitulés constituent une propagande éhontée, en dépit des précautions d’usage bien ténues sur l’utilisation du verbe pouvoir dans les intitulés.

Ils visent bien cependant à inculquer aux futurs bacheliers la soi-disant réalité du TINA thatchérien (there is no alternative dont la traduction est aisée à comprendre : il n’y a pas d’alternative).

En dehors des politiques libérales et libre- échangistes fondées sur l’austérité, la concurrence et le dumping, point de salut. Il n’y aurait donc qu’une seule politique économique possible.

Nous avions eu l’occasion de dénoncer ces partis-pris idéologiques délibérés dans deux autres tribunes publiées dans ces mêmes colonnes. Une portait sur l’esprit d’entreprise vanté par le président de la République, l’autre plus récente traitait des allègements de programmes en Histoire/Géographie dans l’enseignement professionnel.

Ces politiques néolibérales décomplexées produisent systématiquement des dégâts sociaux considérables en France comme en Europe et dans le monde ; elles sont en échec notoire, aggravant le mal par le mal.

Pire, elles ont été massivement rejetées à l’occasion des dernières élections municipales et européennes. Les peuples n’en peuvent plus et l’ont fait savoir de diverses manières, des plus regrettables aux plus encourageantes.

En dépit de tout bon sens, c’est pourtant le moment que choisit le gouvernement français pour jouer au « petit télégraphiste » des oligarchies de la « Troïka » (Commission européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne). Espère-t-il à terme par ce subterfuge solférino-thatchérien, improbable synthèse qui semble caractériser de plus en plus l’action de Manuel Valls, renflouer les urnes par un bourrage de crâne ?

Ce formatage des consciences n’est pas acceptable. Ces pratiques se situent aux antipodes des valeurs universalistes, humanistes et émancipatrices d’une Ecole de la République digne de ses missions. Il convient de dénoncer sans faux-semblants cette indignité supplémentaire. La mise en place de l’Ecole du peuple reposant sur ses deux piliers, l’égalité et l’émancipation devient une urgence impérieuse.

D’ici là, gageons que les correcteurs sauront faire preuve de sagesse en valorisant l’esprit critique des candidats qui auront fait remarquer que ces politiques sont bien loin de mener à l’horizon radieux promis par le capitalisme. Souvenons-nous que ces mêmes professeurs de Sciences économiques et sociales s’étaient massivement insurgés contre les programmes proposés sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ces deux questions n’en sont que le prolongement logique.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales